Lehman ou le renoncement français

le 26/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Nul ne peut l’ignorer, s’il a des yeux pour voir ou des oreilles pour entendre : c’est il y a cinq ans que Washington décidait de laisser tomber Lehman Brothers. A l’heure du bilan, vu du côté français, un constat s’impose : cette tragédie américaine s’est finalement soldée par un désastre… pour notre finance nationale ! Quiconque trouverait le paradoxe un peu fort pourra réviser son jugement en constatant qu’en ce mois d’anniversaire, Goldman Sachs, parangon incontesté de toutes les tares de la finance, a fait son entrée en fanfare au sein de l’indice Dow Jones, le saint des saints de la Bourse outre-Atlantique ; tandis qu’en France, le concours Lépine de l’inventivité fiscale anti-banques se poursuit comme l'atteste la - géniale, forcément géniale - taxe sur l’excédent brut d’exploitation qui impactera les institutions financières au premier chef. Aux Etats-Unis, la page Lehman est tournée depuis belle lurette ; en France, où on ne rappellera jamais assez que quelques mois avant Lehman, un certain Jérôme Kerviel avait été à deux doigts de mettre par terre un fleuron bancaire national, il est encore de bon ton de faire sa carrière politique en brodant sans fin sur ses marges.

Les thuriféraires, s’il en reste, du pouvoir socialiste feront remarquer que sa politique n’est, à tout prendre, pas pire pour la finance que celle du tandem Sarkozy-Fillon. Car hormis la gestion, magistrale, de l’immédiat après-Lehman avec la mise en route du G20 et de la réforme financière mondiale largement impulsée par la France, les banques n’ont pas été épargnées par la droite. Les décisions fiscales douloureuses, sous-tendues par un discours politique volontiers agressif à leur encontre, n’ont pas manqué et préparé, dans une large mesure, le terrain à l’équipe actuelle. L’histoire à rebondissements de la taxe sur les transactions financières, appréciée par Nicolas Sarkozy comme par son successeur, illustre bien le fait qu’avec un des systèmes bancaires les plus résilients du monde, la France est le seul pays du G20 à ne plus faire de l’attractivité de sa place financière un objectif essentiel. Aucun des pays développés ne la suit sur cette voie, pas même l’Allemagne qui, forte de sa Bourse puissante et de la présence de la BCE sur son sol, attend son heure. Aucun des grands émergents n’aurait non plus l’idée de se priver d’une industrie financière puissante et compétitive.

Telle est la réalité et elle a son prix (lire L’Evénement). Si la France a réussi miraculeusement à conserver - cas exceptionnel ! - quatre banques d’affaires, c’est à Londres ou sur d’autres places plus avenantes que celles-ci pensent désormais à se développer. Tout simplement parce qu’elles ont une masse critique que Paris, anémiée, perd jour après jour. Il est vrai que depuis peu, un discours nouveau se fait entendre du côté de Bercy. Gagnera-t-il en force et en constance, avant qu’il ne soit trop tard ?

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