L’urgence d’un aggiornamento

le 04/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Depuis que François Hollande a qualifié la finance d’« ennemie », la méfiance y règne sans partage à l’égard du gouvernement. Le sentiment de servir de bouc émissaire sans avoir démérité est général. Derrière le mot « régulation », chacun entend volontiers « punition ». Pierre Moscovici, qui doit la semaine prochaine s’adresser aux financiers de la Place lors des traditionnelles journées de Paris Europlace, doit le savoir : c’est d’un discours d’encouragement et de mesures de soutien dont ses interlocuteurs ont besoin et de rien d’autre.

Dans les faits, les actions du ministère ne justifient pas entièrement ce sentiment de rejet qu’éprouvent les professionnels. Le rapport Berger-Lefebvre a montré que leurs préoccupations concernant l’épargne longue ont été entendues. La loi bancaire a préservé l'essentiel du modèle de banque universelle. La création effective d’un nouveau contrat d’assurance-vie et d’un nouveau PEA tournés vers les entreprises serait une manière de prouver qu’il n’est pas question d’en rester au niveau des bonnes intentions. En outre, sur nombre de terrains techniques, les dossiers avancent : en matière de promotion de la titrisation, ou de modernisation du Code des assurances dans le but de soutenir l’investissement dans les PME. Cette disponibilité des services et des régulateurs est essentielle car elle contribue à encourager les professionnels à croire encore à l’avenir de leur Place (lire le dossier page 26 à 31). Le rapatriement de l’essentiel des émissions obligataires à Paris, les initiatives des assureurs en direction des PME, enfin la création d’EnterNext, difficile mais effective, montrent que les idées ne manquent pas, ni la volonté de les concrétiser. Dès lors, trouver un avenir à Euronext paraît à portée de main.

Reste les inquiétudes de fond, ancrées dans deux idées fausses dont le gouvernement s’est fait le chantre : celle d’aligner les fiscalités du capital et du travail, piste séduisante mais funeste conduisant à une élévation du coût du capital néfaste à la prise de risque ; et celle de croire que le lancement de la taxe sur les transactions financières par quelques-uns en Europe peut être compatible avec le financement durable de l’économie. Les avertissements sur les délocalisations qu’elle implique sont restés sans écho. Il a fallu que les banquiers centraux s’alarment quant à son impact sur le marché monétaire pour que Bruxelles consente à revoir son projet dévastateur. La sagesse ne consisterait pas seulement à l’ajourner mais à l’abandonner jusqu’à ce qu’un consensus international lui redonne son vrai sens. Bref, l’heure est à l’aggiornamento que sut naguère incarner un homme de gauche aussi incontestable que Pierre Bérégovoy. Sinon, il ne sera plus temps d’ironiser comme Dominique Strauss-Kahn sur ceux qui attaquent sottement la finance, mais seulement de déplorer sa disparition.

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