Rencontre avec… Bertrand de Saint Mars, délégué général adjoint de l’Association française des marchés financiers (Amafi)

« L’intermédiation actions a besoin de flux des investisseurs français »

le 07/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Quel est l’avenir de l’intermédiation actions sur la Place de Paris ?

Il faut distinguer le marché des grands émetteurs ayant accès à l’épargne internationale de celui des ETI et PME, dépendantes d’une épargne de proximité. Pour les grandes valeurs, les investisseurs ont une approche a minima paneuropéenne, et l’intermédiation doit répondre à leurs attentes en leur permettant d’aller chercher une liquidité très fragmentée depuis l’entrée en vigueur de la directive MIF (Marchés d'instruments financiers, NDLR). Dans cette démarche, être proche des investisseurs est important, et ceux-ci sont peu à Paris et beaucoup à Londres. Pour les ETI et PME, un écosystème de proximité est en revanche nécessaire pour attirer les investisseurs nationaux qui sont ceux en mesure de répondre à leurs besoins de financement. Cet écosystème rencontre un certain nombre de difficultés depuis plusieurs années, qui se sont significativement aggravées avec la crise de 2008. Certes, l’intermédiation est un métier cyclique, mais le bas de cycle dure de façon préoccupante. Pour que l’intermédiation actions se développe à Paris, il faut qu’il y ait des flux générés par des investisseurs français. Or ces flux ne cessent de se réduire.

Dans quelle mesure la taxe sur les transactions financières (TTF) affecte-t-elle ces acteurs ?

Pour les clients institutionnels, on fait souvent l’erreur de croire que la TTF a une incidence marginale. Or elle représente une augmentation d’au moins 40 % des frais de transactions quand elle ne les double pas. Pour nombre d’investisseurs, le choix est alors de pondérer leurs portefeuilles avec des valeurs étrangères de même nature et qualité mais qui ne supportent pas la taxe. Même s’il est difficile de l’estimer car d’autres facteurs sont à prendre en compte, il semble bien que depuis l’entrée en vigueur de la TTF, les volumes sur actions françaises aient baissé de 10 % à 15 %.

Comment assurer la pérennité des acteurs que vous représentez ?

Leur pérennité n’est un enjeu que parce qu’ils sont un maillon indispensable de la chaîne qui assure, d’une part, le financement des entreprises et, de l’autre, l’allocation de l’épargne. La question du financement des entreprises est aujourd’hui publiquement posée, particulièrement en fonds propres qui est l’outil prioritaire pour investir, et donc créer de la croissance. Pour cela, il faut des investisseurs, ce qui implique de renverser le mouvement actuel de désaffectation croissante des épargnants français pour le produit actions. Le rôle des pouvoirs publics, au travers de la fiscalité, est ici primordial. S’il y a des investisseurs, il y aura des flux de transactions, et donc des intermédiaires qui fourniront leurs services.

A lire aussi