L’informatique dématérialisée à l’essai dans les banques françaises

le 03/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour optimiser leur infrastructure, les banques misent sur le « cloud computing ». Une technologie qui promet beaucoup mais dont l’adoption sera progressive.

Décollage en vue pour le cloud computing (nuage informatique) dans le secteur financier. « Tous les grands établissements bancaires ont mené des tests, on a dépassé le stade du concept, les outils informatiques ayant beaucoup évolué depuis deux ans », affirme Bertrand Raillard, architecte des solutions cloud computing chez IBM. Les banques se montrent en effet très intéressées par cette nouvelle technologie qui leur permettra une gestion bien plus performante de leurs infrastructures. « Le ‘cloud’ est désormais une réalité dans les banques, qui ont mis en place des budgets spécifiques, ce qui n’était pas le cas systématiquement en 2010 », observe Julien Lesaicherre, chef de produit Azure, plate-forme de cloud computing chez Microsoft. Le terme de cloud computing répond à une définition précise, selon le National Institute of Standards and Technology, l’organisme gouvernemental américain en charge des standards technologiques. « C’est une architecture informatique présentant cinq caractéristiques précises : une mutualisation des ressources (stockage, puissance de calcul, capacité réseau, services, applications…), leur mise à disposition en libre-service, l’élasticité, un accès universel à ces ressources via le réseau et une facturation de ces ressources à l’utilisation », détaille Julien Lesaicherre.

Ce concept se décline en trois modèles : le premier, appelé IaaS ou Infrastructure as a service, consiste à fournir un centre de données clé en main, entièrement automatisé dans l’administration et la mise à disposition des différentes ressources. Le deuxième, dénommé PaaS pour Platform as a service, ajoute une couche d’abstraction au IaaS, à savoir la gestion des environnements de développement et de production. C’est le modèle sur lequel a choisi de miser Microsoft avec Azure. Enfin, le troisième, le SaaS (Software as a service), ajoute une couche applicative. Il n’y a plus rien à gérer, seulement à utiliser. On distingue ensuite le cloud privé, où l’utilisateur possède le matériel et les licences afférentes, gérés en interne ou via un prestataire, et le cloud public, où les ressources sont mutualisées sur une plate-forme commune. Azure, par exemple, relève du cloud public.

L’IaaS et le PaaS en priorité

Les banques sont plus particulièrement intéressées par le modèle IaaS qui représente l’aboutissement extrême de l’automatisation de la gestion des infrastructures informatiques. « L’informatique est au cœur des activités bancaires, mais du fait de leur historique constitué de fusions et d’acquisitions, les systèmes d’information et les infrastructures les supportant sont devenus très complexes et coûteux en main-d’œuvre », explique Bertrand Raillard. Les banques sont déjà entrées dans un processus de mutualisation des ressources avec une consolidation de leurs centres de données et la mise en place de GIE (groupements d’intérêt économique) informatiques qui facturent leurs prestations à leurs clients en interne. Elles ont également beaucoup investi dans la virtualisation (qui permet de créer plusieurs serveurs différents sur une même machine physique) de leurs infrastructures, ce qui représente la première brique du cloud computing. Mais « nous avons des prospects dans une banque qui nous ont indiqué un délai de plus de trois mois pour la mise à disposition pour ses équipes d’un serveur physique », raconte Bertrand Raillard. Le délai peut être réduit à trois semaines avec des machines virtualisées.

Accélérer les projets informatiques

Avec le cloud computing, « nous mettons en place une nouvelle machine en quinze minutes pour une unité de calcul élémentaire », affirme de son côté Didier Calvar, directeur technique informatique à Crédit Mutuel Arkea. « Le ‘cloud computing’ n’a jamais été une fin en soi. Mais pour répondre aux objectifs de l’entreprise, nous avons mis en œuvre des solutions qui s’avèrent, a posteriori, très proches des principes du ‘cloud’. » Dans le plan Horizon 2015, initié en 2009, Crédit Mutuel Arkéa s’était fixé des objectifs stratégiques nécessitant une infrastructure informatique capable de tenir la montée en charge consécutive à un accroissement de ses activités et permettant la facturation à l’usage pour ses clients professionnels achetant ses offres informatiques. Dès 2001, toutes les applications internes ont été redéveloppées en mode web, ce qui a éliminé les contraintes de déploiement. « Nous travaillons sur l’industrialisation de la mise à disposition et de l’installation des ressources, confie Didier Calvar. Nous développons des automates de génération de serveurs virtuels, de paramétrage des bases de données, de système de déploiement et de gestion des disponibilités de ressources automatiques. »

De son côté, Crédit Agricole CIB, confronté à un flux annuel de 1.000 à 2.000 serveurs à fournir, vient de mettre en place une infrastructure de type cloud privé pour accélérer la mise à disposition de ressources informatiques et optimiser celle de la puissance de calcul, entre autres. Mais toutes les banques ne sont pas à un tel niveau de maturité. « Elles sont encore en phase de test et de réflexion, constate Thomas Lee, directeur de l’activité serveur HP France et responsable de l’initiative cloud computing. Elles recherchent avant tout l’accélération de la mise en production de nouveaux services, une meilleure efficacité opérationnelle et à mieux contrôler les dépenses informatiques avec une facturation plus fine selon les usages et les ressources consommées. »

Mais des initiatives existent aussi dans le cloud public. Ainsi, selon Julien Lesaicherre, trois scénarios se dessinent : le premier concerne le calcul haute performance. « En France, depuis quelques mois, des banques étudient des prototypes. » Le deuxième a trait à des opérations purement web avec la mise à disposition de ressources pour faire face à des pics d’activité programmés comme une campagne de recrutement, un phénomène datant de six mois environ. Le troisième concerne des demandes sur des applications locales spécifiques comme des calculs de prix sur des instruments financiers très précis, dont on veut s’affranchir de la gestion des infrastructures. Comme tout les projets informatiques dans les banques, le cloud computing se met en place de façon très progressive. « La gouvernance de ce type de projet constitue un vrai défi, ainsi que le choix des parties du système d’information éligibles », remarque Thomas Lee. Il faut montrer rapidement des résultats avant d’impliquer des systèmes plus stratégiques. C’est pourquoi le test logiciel et les serveurs de développement sont les premiers pans du système d’information à basculer dans le cloud.

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