L’incident de Knight Capital pourrait ébranler le trading haute fréquence

le 13/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Le bug du 1er août, après ceux sur Bats et Facebook cette année, implique cette fois directement les systèmes informatiques de l’opérateur HFT.

Illustration: Agefi

Ça bouge dans tous les sens », « quelque chose ne va pas sur le Nyse », « des dizaines d'actions souffrent de cotations défectueuses », etc. De nombreux opérateurs se sont alarmés d’un nouveau problème dans les dix minutes ayant suivi l’ouverture du marché américain le 1

eraoût. Mais cette fois, le courtier et « teneur de marché » Knight Capital semble avoir été l’unique fautif et victime du bug informatique. Ce spécialiste du « trading haute fréquence » (HFT), qui couvre 10 % des volumes actions à Wall Street, n'a pas encore fait toute la lumière sur l'affaire. Il a d’abord recommandé à ses clients de s'adresser à d'autres courtiers, avant d'indiquer que l’incident était lié à l'installation d’un nouveau logiciel de négociation, retiré depuis. Le bogue a abouti à l'envoi de milliers d’ordres erronés sur 140 valeurs qui ont connu, notamment pour une quarantaine d’entre elles, des fluctuations hors du commun pendant 30 minutes après le début de la séance !

-4 % pour Novartis en quelques secondes, +9 % pour Nokia en quelques minutes, +10 % pour Goodyear, etc. Une première hypothèse a été avancée selon laquelle le dysfonctionnement serait venu d’un nouveau logiciel devant s’adapter au programme RLP (Retail Liquidity Provider) lancé le jour même par Nyse, pour permettre aux particuliers d'obtenir de meilleurs prix. Mais le RLP, testé depuis des mois et lancé sur des valeurs différentes, ne peut être lié à l'incident. « Cela ressemble plutôt à un nouveau logiciel de test, programmé pour lancer des ordres par vagues, qui aurait été accidentellement connecté à la plate-forme boursière », avance Eric Scott Hunsader, développeur de la société new-yorkaise Nanex, au vu des données analysées : taille des ordres, fourchettes prix offert/prix demandé et surtout taille des spreads. « Sur les titres où Knight n’était pas seul ‘teneur de marché’, cela a eu pour effet de vendre en boucle les actions au prix demandé par les acheteurs, c'est-à-dire au plus bas, après les avoir achetées aux conditions visées par les vendeurs, donc au plus haut. Pour Exelon par exemple, cela signifiait perdre 0,15 dollar pour chaque transaction, 40 fois par seconde, 2.400 fois par minute... » Et pour Nokia encore cinq fois plus.

Si le bug n’a contraint aucun investisseur à réaliser des transactions à un cours qu'il ne désirait pas, il a conduit les coupe-circuits de la Bourse à suspendre, à partir de 9h53 au vu des dépassements de certains seuils (variation de plus ou moins 10 % en cinq minutes), la cotation sur cinq titres. Après analyse, l’opérateur boursier a également joué son rôle de régulateur (SRO, self-regulatory organization) pour annuler, selon les règles, les transactions sur six autres valeurs. « Des annulations seulement dans les cas extrêmes, comme pour marquer le coup », note Dominique Ceolin, président d’ABC Arbitrage, compte tenu des revendications que des contreparties auraient pu avoir à cause de leurs positions de couverture liées à ces annulations. « Les clients n'ont pas été affectés par les ordres erronés », insiste Knight, qui a débouclé ses autres positions seul, ou avec l’aide de Goldman Sachs qui, selon le Wall Street Journal, serait intervenu dans la soirée sur certaines d’entre elles.

Un sujet inquiétant

Le courtier a reconnu une perte finale de 440 millions de dollars (270 millions après impôts), son action a perdu plus de 70 % en deux jours, tombant au-dessous de 3 dollars. Résultat, la mécanique des appels de marge l’a amené à rechercher des capitaux dans l’urgence pour annoncer un accord avec un groupe d'investisseurs (Jefferies, Blackstone, Getco, Stephens, Stifel Financial, TD Ameritrade) en position d’en contrôler le capital une fois leurs 400 millions de dollars d’actions préférentielles converties en actions ordinaires. Cette recapitalisation du courtier a permis à Nyse de lui réattribuer, dès le 13 août, ses mandats de teneur de marché, qui avaient été provisoirement transférés à son concurrent Getco, sur quelque 680 valeurs.

« Le 'trading' automatisé montre ses limites lorsqu'il devient incontrôlable », commente le consultant spécialisé Pablo Garmon. Un sujet inquiétant pour la Securities and Exchange Commission, qui souhaite une réflexion pour améliorer les moyens de contrôle. « Mais il est difficile de tester à 100 % la fiabilité des nouveaux logiciels HFT avant leur mise en place. Il faut aussi affiner les coupe-circuits des opérateurs boursiers », conclut Dominique Ceolin. D’autres idées, sur l'élargissement des « pas de cotation » pour ralentir la pratique ou l’introduction de taxes pour l'anéantir comme sur les valeurs françaises depuis le 1eraoût, pourraient également ressurgir.

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