L’Europe financière avance

le 25/07/2013 L'AGEFI Hebdo

En toute discrétion, en cette mi-juillet torride, une avancée majeure de l’Europe financière vient d’entrer dans les faits : la directive AIFM qui réglemente les gestionnaires des fonds d’investissements alternatifs est désormais applicable. Ce faisant, un pan supplémentaire de l’industrie de la finance se trouve encadré après de vifs débats qui n’ont pas pour autant échoué le navire. La profession des gérants, très combative dans la procédure de négociation, notamment en matière de rémunération, paraît avoir pris avec la même résolution son parti de la nouvelle donne (lire L’Evénement). Même si la réglementation française figurait déjà parmi les plus exigeantes, le virage s’annonce rude et coûteux pour les petites sociétés de gestion ; raison de plus pour s’y mettre tout de suite et ne pas décrocher par rapport aux grandes qui se disent confiantes dans leur capacité à mettre en œuvre les nouvelles règles. Quant aux institutionnels, ils y trouvent aussi leur compte en termes de transparence et de sécurité. Les professions de l’investissement ne sont pas encore sorties de l’auberge puisqu’un écueil menaçant se dresse sur leur route, la taxe sur les transactions financières. Avec AIFM cependant, une inconnue majeure a été levée. L’enjeu est désormais d’en user comme d’un levier de conquête en le portant au rang de standard international, au même titre que le label Ucits par exemple.

AIFM vient compléter une liste de réformes déjà longue mais dont l’opinion publique, traumatisée par le risque financier, n’a guère conscience. Parmi les plus récentes, rappelons la directive CRD IV, en vigueur depuis une semaine et qui transpose dans le cadre législatif européen les nouvelles normes mondiales sur les fonds propres des banques, dites de Bâle III ; citons encore Emir pour les activités de post-marché et l’encadrement des produits dérivés, ou l’obscur mais essentiel LEI, cet identifiant imposé par le G20 selon lequel vingt chiffres suffiront à tracer l’activité de toutes les entités contreparties de transactions financières à travers le monde. De MIF II à l’encadrement de la finance parallèle, bien des pièces manquent encore au puzzle géant que l’Europe a entrepris d’assembler pour réguler sa finance, mais son dessin se précise nettement.

Restent deux réformes particulièrement lourdes à boucler : Solvabilité II d’abord, dossier sur lequel l’incompréhension entre régulateurs et acteurs de l’assurance n’a pas l’air de se résorber ; et l’architecture du système bancaire autour des suites à donner au rapport Liikanen et de la construction de l’Union bancaire. Sur ces sujets, les prochains mois s’annoncent décisifs. Régulateurs et politiques doivent le comprendre : leur conclusion claire et rapide est une priorité absolue. Faute de quoi l’Europe de la finance ne pourra tourner la page d’une crise qui l'handicape depuis maintenant six ans !

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