L’Europe bancaire, vite !

le 31/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Parmi le déluge de nouvelles désespérantes dont l’actualité abreuve les citoyens européens, a réussi à se glisser une idée enfin prometteuse à l’occasion du dernier Sommet de Bruxelles : la création d’une union bancaire européenne. La prise de conscience, passée plutôt inaperçue, est tardive mais salutaire. Parler d’une relance de la croissance n’a de sens que si le système bancaire n’est pas menacé d’écroulement (lire L’Evénement pages 8 à 11). N’est-ce pas les doutes quant à la solidité de ses banques qui valent à l’Espagne ses taux d’intérêt prohibitifs ? La question revêt une importance particulière dans une région où, comme dans la zone euro, l’intermédiation bancaire demeure dominante dans le financement de l’économie.

En fait, l’Europe a perçu tôt, dès les débuts de la crise financière, l’importance d’une intégration bancaire accrue. Ce fut l’origine de la commission présidée par Jacques de Larosière, qui a débouché sur la création du Conseil européen du risque systémique, organisme indépendant placé auprès de la BCE à Francfort dont l’un des piliers est l’autorité bancaire européenne. Mais de façon très décevante, alors que ces précieux outils sont à disposition, la réflexion s’est ensuite étiolée faute de volonté politique. L’accent a été mis sur l’ajustement structurel, notamment budgétaire, mais peu sur les questions bancaires encore entachées de nombreux particularismes laissés à la gestion des régulateurs nationaux.

Ce que l’échange de Bruxelles permet d’espérer, c’est que les banques, et notamment les plus importantes d’entre elles, ne seront bientôt plus considérées comme des entités nationales mais européennes. L’exemple brûlant de Bankia, banque espagnole de taille importante qui peut menacer toute l’Europe bancaire, ne démontre-t-il pas l’urgence d’un tel saut (lire Stratégies pages 20 à 22) ?

Un véritable fédéralisme bancaire doit comporter quatre volets : un cadre de supervision à l’échelle régionale, un corps de règles de régulation commun, un système collectif de garantie des dépôts et enfin un mécanisme européen d’intervention d’urgence, comportant à la fois des règles de recapitalisation et, le cas échéant, de démantèlement ordonné des établissements en difficulté. Certaines des pièces de cette machine complexe sont déjà en place ; d’autres pourraient être décidées sans délai comme la mise à disposition des systèmes d’urgence de stabilisation financière européens en vue de recapitalisations, notamment des banques espagnoles. D’autres enfin prendraient plus de temps, comme l’intégration des systèmes nationaux de supervision. Mais l’établissement immédiat d’un plan d’action aux étapes claires contribuerait grandement à ramener la confiance, chez les investisseurs sans doute mais aussi chez les épargnants. Au moment où l’idée de l’euro est partout battue en brèche, n’est-il pas temps de se souvenir que ces derniers sont aussi des électeurs ?

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