L’avis de…Philippe Perriot, consultant senior, spécialiste des services financiers chez Towers Watson, cabinet de conseil en rémunération

le 13/03/2014 L'AGEFI Hebdo

« Hors d’Europe, ces règles peuvent créer des difficultés pour attirer et fidéliser les talents »

Le plafonnement des bonus dans les banques européennes sera appliqué dès 2015. A Londres, les établissements vont contourner cette règle. Cette tendance pourrait-elle se généraliser ?

Il est encore un peu tôt pour le savoir car beaucoup de banques réfléchissent en ce moment même à la façon de gérer cette contrainte. Il faut rappeler que les objectifs visés par le régulateur européen avec ces règles d’encadrement des bonus (plafonnement, différé sur plusieurs années, parts converties en actions et instruments financiers, etc.) étaient de limiter la prise de risque excessive dans certains métiers et d’introduire de la transparence pour expliquer et encadrer davantage les politiques de rémunération. Depuis les crises de ces dernières années, ce sujet de la rémunération a souvent été au centre de la réglementation et beaucoup de choses ont changé. D’ailleurs, les montants des bonus se sont réduits car les activités de marché sont devenues moins rentables avec les nouvelles exigences des normes sur les fonds propres des banques. Ce n’est pas en Europe que sont versés les très gros bonus de plusieurs millions d’euros, à l’exception de Londres, qui est une place financière historique.

Les banques européennes soulèvent souvent le problème de distorsion avec leurs concurrentes d’autres places financières…

Il est incontestable qu’en dehors de l’Europe, ces règles peuvent créer des difficultés pour attirer et fidéliser des talents. Dans certains métiers de la finance qui sont particulièrement compétitifs, il est indispensable d’avoir les meilleurs professionnels ; c’est vraiment stratégique. Pour atténuer les écarts de traitement d’un pays à l’autre, les banques européennes ne pourront pas considérablement augmenter les salaires fixes de toutes les personnes concernées ou délocaliser leurs équipes. Dans le même temps, on ne va pas non plus voir l’ensemble des banquiers français et européens se précipiter vers les Etats-Unis ou l’Asie pour échapper à ces contraintes. Par exemple, les banques françaises ont historiquement toujours proposé des salaires fixes moins élevés que leurs rivales anglo-saxonnes, ce qui ne les a pas empêchées de recruter de beaux profils, d’en débaucher ailleurs… Les autorités de régulation qui veilleront au respect des règles par les banques dans l’Union européenne sont d’ailleurs conscientes qu’il ne faut pas porter atteinte à la compétitivité de l’industrie bancaire européenne alors qu’elle sort tout juste d’une longue période de crise.

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