Rencontre avec... Sven Giegold, député européen (Groupe des Verts/Alliance libre européenne), membre de la commission des Affaires économiques et monétaires

« L’autorité publique doit mettre une limite à ce que l’on peut dépenser »

le 16/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Les moyens déployés par les banques pour être présentes à Bruxelles sont considérables. Pensez-vous que leur influence sur la législation soit excessive ?

Les banques ont le droit de faire du lobbying. Ce n’est ni bien ni mal mais elles ont beaucoup plus d’argent que les consommateurs, les investisseurs ou leurs adversaires. Ce déséquilibre est un danger pour la démocratie parce qu’il remet en question le principe « une personne une voix ».

Si c’est un problème, comment y remédier ?

Dans le domaine de l’environnement, on soutient les groupes qui travaillent pour le bien commun. Il faudrait faire la même chose dans le domaine économique. Ensuite, l’autorité publique doit mettre une limite à ce que l’on peut dépenser. Et il faut une transparence complète sur ce qui est fait avec cet argent. Les politiciens et les gens dans les ministères devraient être totalement transparents au sujet de ceux avec qui ils parlent. Tout cela ensemble rééquilibrerait le rapport de force.

La réglementation européenne sur la transparence n’est-elle pas suffisante ?

Elle ne l’est pas assez. Elle oblige à dire qui est là et ce qui est dépensé. Mais il n’y a pas d’empreinte législative réelle. Aux Etats-Unis, vous savez qui écrit la loi. Le problème là-bas réside dans le financement des partis et des campagnes électorales. Comme le Congrès est dans un état de campagne permanent, il est constamment dépendant des groupes d’intérêt.

Comment se manifeste l’influence des groupes d’intérêt au Parlement européen ?

Les lobbyistes sont plus actifs sur des règles très spécifiques. La campagne la plus intense et la plus couronnée de succès a été celle des Big Four* contre les propositions de Michel Barnier** concernant l’audit. Ils ont détruit ce qu’il voulait faire. Dans le domaine bancaire, c’est plus compliqué car il y a la référence à Bâle dont il est difficile de s’écarter. Le lobby de l’assurance est aussi très bien organisé et sous-estimé.

*Deloitte, Ernst & Young, KPMG, PricewaterhouseCoopers.

**Commissaire européen au Marché intérieur et aux Services.

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