L’Asie, redoutable Eldorado

le 07/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Cap sur les émergents ! Tel semble être le mot d’ordre des banques occidentales. Potentiel de croissance à faire pâlir d’envie une Europe empêtrée dans la crise de la dette et des Etats-Unis à bout de souffle, entreprises florissantes, appétit des investisseurs locaux pour le risque, présence de ressources naturelles... L'attraction des pays « en forte croissance » ne se dément pas tant le potentiel semble immense (lire aussi l’entretien page 6), même si les situations diffèrent d’un pays à l’autre. Soucieux d’accompagner leurs clients partout dans le monde et de répondre à leurs besoins de sécurisation des matières premières, d'achat de technologies, de savoir-faire, de marques, mais aussi de faire fructifier la manne locale, les établissements financiers s’équipent en conséquence pour se rapprocher de ce fertile terrain.

C'est tout particulièrement vrai pour l'Asie. Les BFI françaises ne concentrent-elles pas dans la région entre 15 et 20 % de leurs effectifs (lire aussi le dossier page 26) ? N'annoncent-elles pas vouloir y doubler leurs revenus dans les toutes prochaines années ? Et quelle entreprise occidentale ne songe pas à s'introduire à Hong-Kong alors que les Bourses d’Asie-Pacifique enregistrent des volumes d’introductions plus élevés que toute autre place dans le monde depuis quatre ans ? Un nombre d’introductions lui-même annonciateur de futures opérations de fusions-acquisitions qui s’avéreront nécessaires pour rapprocher ces sociétés nouvellement cotées…

Pourtant, les banques devraient se garder de succomber au mirage émergent. La zone a certes pris de l’importance dans les fusions-acquisitions, mais les transactions restent bien rares, comme le montre notre classement des fusions-acquisitions du premier semestre (page 8). En cause, le manque de cibles, les industriels locaux ne souhaitant pas toujours vendre, sauf à céder la croissance future à un prix faramineux. Par ailleurs, l’Asie ne saurait servir de panacée à toutes les insuffisances. Les récentes IPO sur le marché de Hong-Kong sont la preuve que l'Eldorado n'existe pas plus en Asie qu’ailleurs. Les risques y sont importants et une opération ne marche pas à tous les coups, quel qu’en soit le prix, même pour les champions du luxe, comme l'a montré la contre-performance relative de Prada récemment. On aurait également tort d’évacuer trop rapidement les contraintes locales : obstacles réglementaires, notamment en Chine, défis de la gestion des risques, pénurie de talents... Que les pays émergents, et surtout l 'Asie, fassent rêver et regorgent d’opportunités, c’est certain. Mais en attendant que ces marchés modernisent leurs structures et leurs règles pour s’adapter réellement à la mondialisation, une certaine prudence y demeurera mère de sûreté si les BFI occidentales ne veulent pas payer leur entrée d'un prix trop élevé.

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