L'an un de la transformation pour les BFI françaises

le 06/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Elles ont bien entamé leurs plans d'adaptation à Bâle III mais cela pourrait ne pas suffire à enrayer la baisse des revenus.

Illustration: PHB/Agefi

La crise de liquidité de l’été 2011 a laissé des traces. Un an après l’opprobre qui les a frappées dans le sillage de la crise grecque, les banques de financement et d’investissement (BFI) françaises ont bel et bien réduit la voilure. Toutes ont entamé une mue radicale pour respecter, dès fin 2012 ou fin 2013, les normes de solvabilité de Bâle III. Elles ont drastiquement limité leurs besoins de ressources à court terme, notamment les liquidités en dollars taries après le désengagement des fonds monétaires américains. Société Générale y est parvenu dès fin 2011, BNP Paribas en avril, et Natixis et Crédit Agricole SA sont en bonne voie (voir le tableau ci-dessus). Les groupes français ont aussi achevé leur programme de refinancement à long terme - revu à la baisse cette année - sauf BPCE, la maison mère de Natixis, qui avait réalisé 80 % du sien à fin juin.

Effet ciseau

En parallèle, les BFI ont actionné un second levier : la baisse des actifs pondérés du risque pour contrebalancer le poids des nouvelles règles, notamment le passage à Bâle 2.5 fin 2011. BNP Paribas et SG CIB ont fait l’essentiel du chemin, tandis que Crédit Agricole Corporate and Investment Bank (CACIB) a déjà atteint son objectif. La BFI de la banque verte a cédé en un an 9 milliards d’euros de prêts sains ou toxiques avec une perte moyenne de 2,2 %. SG CIB s’est délesté de 13,7 milliards d’euros de créances, dont 7,7 milliards au premier semestre avec une décote nette moyenne de 5 %. Les pertes sur ces opérations pèsent sur les revenus des BFI, en forte baisse (voir le tableau ci-contre). Ceux-ci sont également affectés par la diminution de la production de crédits, voire leur arrêt dans certains secteurs (selon les banques : l’aéronautique, le transport maritime, etc). Les encours de BNP Paribas auprès des grandes entreprises ont diminué de 9,2 % au premier semestre. A fin juin, ceux de Natixis avaient reculé de 16 % sur un an.

Les activités de marché n’ont pas permis de redresser la barre. Au deuxième trimestre, les revenus de BNP Paribas dans le fixed income (produits de taux et change) ont reculé de 25 % sur un an, et même de 45,8 % dans les actions (marché secondaire) et le conseil (marchés primaires d’actions et de dette, et fusions-acquisitions). Le tout en raison « d’une baisse des activités de flux dans des marchés à faible volume et d’une demande de la clientèle limitée sur les produits structurés, pointait la banque lors de l’annonce de ses résultats semestriels. Sur le marché primaire des actions, les volumes d’émissions nouvelles ont aussi été très limités ».

Dans ce contexte, « les plans d’économies annoncés en fin d’année dernière, qui se traduiront pleinement dans les comptes au second semestre, risquent de ne pas suffire », écrit Pierre Reboul, associé chez Roland Berger. Fin 2011, les BFI françaises avaient annoncé 5.000 suppressions de postes, environ 10 % de leurs effectifs. Aujourd’hui, d’autres mesures d’adaptation se profilent. SG CIB envisage par exemple de transférer des salariés parisiens à Londres, où la fiscalité est plus attractive, a révélé Reuters.

La BFI de Natixis sera quant à elle bientôt rebaptisée Banque de grande clientèle et va changer de capitaine. Marc Vincent et Olivier Perquel vont succéder à De Doan Tran et prendre la tête de deux nouvelles directions. Le premier, transfuge de Mediobanca, supervisera les « relations clients et conseil » et devra développer l’activité de primaire actions, encore marginale. Le second, jusque-là en charge de la stratégie de Natixis et des actifs gérés en extinction, chapeautera les « financements et solutions de marché ». Il devra mettre en place une plate-forme de distribution de crédits aux investisseurs pour garder de moins en moins de créances des clients au bilan de la banque.

Chez CA CIB, c’est chose faite, mais Jean-Yves Hocher a d’autres défis. Il doit boucler la cession des courtiers CLSA (au chinois Citics) et CA Cheuvreux (à Kepler Capital Markets) qui plombent le pôle marchés, en perte au deuxième trimestre (lire pages 8 à 11). Son broker Newedge, codétenu avec Société Générale, est lui aussi dans la balance. 

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