Kepler Capital Markets muscle ses solutions d’investissement

le 01/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Recapitalisé, le courtier paneuropéen compte sur son partenariat avec l’italien UniCredit et ses nouvelles lignes métiers pour se démarquer.

L’année 2012 s’annonce chargée pour Kepler Capital Markets. Après avoir effacé sa dette et multiplié ses fonds propres par 2,5 en ouvrant son capital à quatre groupes financiers, le courtier européen se lance dans de nouvelles activités (voir le tableau) et devient le partenaire exclusif d’UniCredit. Il va assurer, dans toute l’Europe de l’Ouest, la recherche actions de la banque italienne et l’exécution de ses opérations sur le marché primaire actions. L’accord « sera effectif le 1

erjanvier, mais nous travaillons déjà ensemble, assure Laurent Quirin, PDG de Kepler. Nous avons recruté trois analystes et comptons en avoir deux de plus pour atteindre un effectif de 55 et couvrir 510 valeurs (contre 460 actuellement, NDLR) ».

Le choix d’UniCredit tient sans doute à la place singulière de Kepler, indépendant et présent sur huit places de marché européennes (six pour ses analystes). Le courtier a d’ailleurs « discuté avec d’autres acteurs qui s’interrogent sur la place de leur recherche et de leur distribution qui ne sont pas au cœur de leur modèle », affirme Laurent Quirin. La recherche actions, bien que centre de coûts, a généré en 2010 près de 9 millions d’euros de revenus facturés séparément des autres prestations, selon le rapport annuel de Kepler, soit 8 % de son produit net bancaire de gestion.

Retour à la rentabilité

En s’assurant un volume d’activité plus important, le courtier se donne les moyens d’améliorer sa rentabilité. A l’échelle du groupe, « 2010 a été une année de réorganisation après la restructuration de 2009 (liée à la faillite de son ancien actionnaire Landsbanki, NDLR). 2011 nous a permis de démontrer que notre modèle de développement fonctionne, déclare Laurent Quirin. La moitié de notre chiffre d’affaires provient du courtage actions, revenu à l’équilibre. Les autres métiers sont tous profitables. Nous avons stabilisé nos charges par rapport à 2010 et sommes largement bénéficiaires dans les activités récurrentes ».

Les dépenses de personnel continuent, elles, à augmenter. Pour l’activité de restructuration de bilans bancaires, amorcée par deux nouvelles recrues, « nous allons embaucher dix à quinze personnes pour être totalement opérationnels d’ici à la fin du premier trimestre 2012, déclare Pascal Marionneau, responsable du métier et ancien conseiller trading et risques chez Société Générale. Notre localisation en Suisse (siège du groupe, NDLR) est un véritable atout pour ces recrutements. Ce pays est aussi la plate-forme idéale pour l’accès à un segment clé de notre clientèle : les ‘family offices’ et les investisseurs du Golfe et d’Asie ». Dans ces deux régions, Kepler doit encore développer sa notoriété, notamment auprès des fonds souverains.

Du côté des vendeurs, « nous voulons identifier les actifs qui posent des difficultés en raison par exemple de leur marge inférieure à ce que coûte leur refinancement, poursuit Christophe Tamet, responsable crédit et numéro deux de l’équipe. Nous comptons apporter des solutions sur mesure (transformation en titres...) afin de faciliter leur transfert à destination d’un large éventail d’investisseurs, suivant leur besoins et leur attitude vis-à-vis du risque ». Kepler pourrait par exemple transformer en obligations des portefeuilles de financement de projets ou de crédit à la consommation. Lié à la crise des dettes souveraines et aux exigences de Bâle III, « un tel transfert d’actifs devrait se chiffrer en centaines de milliards d’euros », selon Christophe Tamet. Le courtier entend s’y démarquer : « Nous n’avons pas de biais, contrairement à certains valorisateurs qui gèrent aussi des actifs et aux banques d’investissement qui défendent leurs intérêts, estime Pascal Marionneau. Les équipes de situations spéciales s’occupent avant tout des actifs listés de la ‘bad bank’ de leur propre groupe. »

Kepler repart aussi à l’offensive à Paris dans les produits structurés, avec un autre ancien de Société Générale. « Nous mettons en place une équipe à destination des institutionnels pour compte propre, des réseaux de distribution, des entreprises et des collectivités locales, explique Nicolas Miara-Godet, en charge de l’activité et ancien patron mondial des ventes de cross-asset solutions de la banque de La Défense. La vente et l’ingénierie sont assurées par Kepler et le ‘trading’ par une vingtaine de grandes banques d’investissement. » Pour autant, la diversification ne porte pas toujours ses fruits immédiatement. Kepler a monté dès cet été une équipe de dette pour profiter du lancement des plates-formes européennes de négociation d’obligations, mais « le démarrage est extrêmement lent car elles ne sont pas encore au point pour couvrir les demandes des clients », concède Laurent Quirin, qui estime que « ces petites erreurs de jeunesse devraient être corrigées début 2012 » (lire page 35).

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