Entretien avec... John Walker, directeur exécutif d’IMF Australia

« Le jugement exemplaire en Australie pourrait avoir des suites »

le 28/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Vous dirigez la société IMF qui, après avoir remporté un procès sur les CDO* négligemment distribués par Lehman Brothers, a obtenu un jugement historique contre Standard & Poor’s (S&P) en Australie. Comment avez-vous fait ?

En 2006, ABN Amro a été la première banque à structurer des produits CPDO**, adossés à des investissements sur des indices de dette de type CDX ou iTraxx. Elle en avait vendu jusqu’en Australie, où notre société spécialisée dans ces actions en nom collectif a soutenu la plainte de douze municipalités de l’Etat de Nouvelle-Galles du Sud (un comté a aussi obtenu gain de cause via une autre plainte). A la différence des Etats-Unis, une telle action pour « tromperie » devant un tribunal civil n’implique pas forcément, en Australie ou en Europe, de prouver la malhonnêteté, mais juste de montrer que les notations n’avaient pas de fondement raisonnable au regard des risques finalement encourus. En l’occurrence, les meilleurs titres, notés « AAA », impliquaient un risque de défaut inférieur à 1 %, alors qu’ils ont connu, six mois après leur commercialisation, un défaut conduisant à une perte de 90 % de l’investissement (16 millions de dollars australiens en tout pour nos clients sur 50 millions distribués en Australie). Le tribunal fédéral a aussi condamné la banque néerlandaise et son distributeur (Local Government Financial Services) pour manque de transparence. A moins d’un appel, les trois entités devront chacune payer un tiers des 30 millions de dollars australiens de dommages.

Quid des investisseurs européens ?

Nous avons créé une fondation aux Pays-Bas (Ratings Redress) en vue de soutenir des procédures sur les mêmes CPDO (appelés « Rembrandt ») arrangés par ABN Amro et distribués pour 1,5 milliard d'euros. Notre société sera rémunérée à hauteur de 30 % des réparations. Nous viendrons ensuite à Londres consulter des fonds de pension victimes de produits très similaires arrangés ensuite pour 4 milliards d’euros et notés par Moody’s.

Quel parallèle avec les Etats-Unis ?

Malgré les différences, les agences n’apparaissent plus dans les deux cas comme les meilleurs garants des risques pris par les investisseurs : si leur capacité à noter les obligations traditionnelles n’est pas en cause, elles n’ont pas les statistiques historiques pour des produits structurés dont elles ne sont pas toujours capables de juger la corrélation avec les marchés, notamment lorsqu’il s’agit d’introduire de nouvelles variables réalistes dans leurs modèles. C’est aux régulateurs de le comprendre. En attendant, la responsabilité d’autres agences risque d’être mise en cause.

*'Collateralized debt obligations'.

**'Constant proportion debt obligations'.

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