JPMorgan souhaite élargir son spectre en France

le 25/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Axée sur les grandes entreprises, la banque veut cibler des sociétés de taille intermédiaire, à profil patrimonial et international.

Le siège français de JPMorgan place Vendôme à Paris. Photo: Hamilton/REA

Près de deux mois après sa prise de fonction à la tête de JPMorgan France, Kyril Courboin met en place ses lignes directionnelles. Très axée sur les grandes entreprises, l’entité française de la banque américaine entend élargir son profil de clientèle tout en développant les synergies entre activités. Si une coentreprise, PCA (private client advisory), existe déjà depuis 2005 entre la banque privée et la banque de financement et d’investissement (BFI), permettant de répondre aux problématiques ponctuelles d’entreprises familiales, l’objectif est de lui donner plus d’envergure. « Nous souhaitons développer une couverture sur le long terme de nouvelles entreprises, plus petites », explique Kyril Courboin. JPMorgan France a ainsi identifié vingt clients cible, que l’équipe, composée de quatre personnes basées à Paris, est actuellement en train d’approcher. « Il existe en France un important vivier d’entreprises de taille intermédiaire d’envergure internationale. Nous ciblerons dans un premier temps les entreprises patrimoniales, précise le dirigeant. Notre objectif est de les couvrir à 360 degrés, via la BFI, les activités de marché (couverture de change…), la banque privée et la gestion d’actifs (placement de trésorerie…). » En Europe, ce modèle, déjà présent au Royaume-Uni dans le sillage du rapprochement avec Cazenove en 2004, a vocation à être développé dans d’autres pays européens, dont l’Allemagne. Pour JPMorgan France, ce nouveau levier lui permet, dans un environnement très concurrentiel, de miser sur un accroissement de son positionnement dans la BFI. « Notre part de marché en France avoisine les 5 %, contre une moyenne de 6 à 6,5 % en Europe, estime le nouveau patron. La captation de ces nouveaux clients doit nous aider à atteindre le niveau européen. »

Recrutement en banque privée

Cette extension de la gamme s’applique également en banque privée, dont le cœur de cible historique repose sur les clients très fortunés (« ultra high net worth individuals », UHWI) disposant d’au moins 30 millions de dollars (23 millions d’euros) de patrimoine. « La banque privée étend son offre à une clientèle 'high net worth individuals' (HNWI), disposant de 10 à 30 millions de dollars d’actifs, explique Jean-Baptiste Douin, patron de l’activité banque privée de JPMorgan France. Les prévisions de croissance globale du nombre d’UHNWI s’élèvent à 2-3 % par an, contre 8-10 % pour les HNWI. »Après une collecte nette de 2,5 milliards de dollars l’an passé, le pôle a collecté 700 millions de dollars depuis le début de l’année. « Notre objectif de doublement des encours et des revenus en quatre ans sera réalisé en 2013. Nous ne voyons pas cette tendance ralentir », anticipe Jean-Baptiste Douin, ne communiquant toutefois ni les actifs sous gestion ni les revenus. A l’heure où de nombreuses banques réduisent la voilure, « nos effectifs vont croître en 2013, essentiellement dans la banque privée. Ils resteront globalement stables dans les autres activités », déclare Kyril Courboin. L’équipe parisienne comptait 260 collaborateurs fin 2012, dont 80 dans la BFI, une trentaine dans les activités de marché, 20 dans la gestion d’actifs et 60 dans la banque privée. « Nous aurons recruté six nouveaux chargés de clientèle en France en 2013 et un nombre de collaborateurs équivalent sur les fonctions supports », précise Jean-Baptiste Douin.

La croissance est également au rendez-vous dans la gestion d’actifs. JPMorgan Asset Management (AM) France, qui a enregistré une collecte nette de 1,3 milliard de dollars l’an passé, affichait 5,8 milliards de dollars d’encours à fin 2012. « Nous connaissons un démarrage marqué sur 2013 avec une collecte nette de 245 millions de dollars depuis le début de l’année, principalement dans le crédit à l’image de la dette émergente et sur la dette mezzanine, mais également dans les actions américaines et émergentes », explique Karine Szenberg, directrice générale de JPMorgan AM France. Tant pour la banque privée que pour la gestion d’actifs, le développement passe en premier lieu par la croissance organique. Face à des opérations de consolidation au sein de ces deux secteurs, « nous regardons chaque dossier. Jusqu’à présent, nous avons privilégié le recrutement de talents au sein des structures cédées », indiquent d’une même voix Jean-Baptiste Douin et Karine Szenberg.

Alors que le groupe JPMorgan a dévoilé le 12 avril un produit net bancaire en baisse et un résultat caractérisé par une réduction de dépenses de 16 % (voir le tableau), la tendance serait-elle similaire en France ? « Au niveau groupe, les performances ont été entachées par la banque de détail (recul de 12 % du bénéfice, NDLR), activité que nous n’avons pas en France, conclut Kyril Courboin. Nos revenus sont en croissance. Par ailleurs, la priorité du groupe est d’accroitre son internationalisation dans les pays où il a déjà une présence forte. La réduction des dépenses n’est donc pas à l’ordre du jour. »

A lire aussi