JPMorgan conforte sa domination dans les prêts d’acquisitions

le 21/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Le rôle de la banque américaine dans le crédit-relais record accordé à AT&T illustre ses relations privilégiées avec les grands groupes.

JPMorgan a frappé un grand coup. A quelques jours de la clôture de ses comptes du premier trimestre, la banque américaine s’est engagée à financer l’opérateur AT&T à hauteur de 20 milliards de dollars (13,8 milliards d’euros) pour l’acquisition de T-Mobile USA. C’est un engagement record pour la banque et le deuxième plus gros bridge loan (crédit relais) du marché depuis 2000, selon Thomson Reuters. Seule banque prêteuse parmi les trois conseils d’AT&T, JPMorgan s’illustre ainsi sur l’une des principales opérations de fusions-acquisitions (M&A) dans le secteur privé depuis le début de la crise. Une fois le feu vert des autorités obtenu, AT&T devrait débourser 39 milliards de dollars pour redevenir numéro un américain de la téléphonie en rachetant la filiale de Deutsche Telekom.

Coup marketing

La taille de son crédit relais, mobilisable pendant 18 mois et remboursable sur un an, a ému Moody’s. L’agence de notation l’a estimé à 17 % des fonds propres durs de JPMorgan à fin 2010. Ce prêt a en fait été syndiqué, en dix jours, auprès de onze autres banques. JPMorgan conserve seulement une ligne de 1,8 milliard de dollars, de même taille que celles de Bank of America-Merrill Lynch, Barclays Capital et Citi, tandis que les autres participants s’engagent chacun pour 1,6 milliard. « Il y a peut-être une part de marketing dans le rôle joué par JPMorgan. AT&T lui a peut-être demandé d’organiser la syndication avec des banques qu’il avait lui-même choisies, estime Lam Nguyen, consultant chez Freeman Consulting. En outre, il est probable que l’opérateur ne tire pas l’intégralité de sa ligne de crédit mais recoure en partie à des émissions obligataires. » Freeman Consulting estime la marge des prêteurs à 84 points de base au-dessus de l’indice Libor. Ils pourraient donc toucher une commission de 164 millions d’euros, dont environ 20 % réservés à JPMorgan. Pour son rôle de conseil dans le rachat de T-Mobile, la banque devrait aussi partager 65 millions avec les boutiques Greenhill et Evercore.

Le cas d’AT&T est symptomatique de la volonté de JPMorgan d’actionner le levier du financement pour entretenir ses relations avec ses grands clients. Selon le bureau d’analyse KBW, les crédits accordés au premier trimestre par la banque d’investissement de JPMorgan ont crû de 2,1 % en moyenne sur un an, soit plus que dans la banque commerciale, dédiée aux entreprises plus petites, et a fortiori dans les activités de banque de détail et de cartes de crédit, dont la production continue à diminuer en raison des difficultés des ménages américains. Deuxième banque du pays par la taille de son bilan derrière Bank of America, JPMorgan devance de nouveau celle-ci depuis janvier dans les financements d’acquisitions sur les marchés domestique et mondial (voir le tableau). Les Etats-Unis ont représenté 82 % de ses commissions ces deux dernières années, d’après Freeman Consulting, mais la banque pourrait bientôt s’illustrer en Europe. Selon le Financial Times, elle serait prête, avec Citi, à accorder 15 milliards de livres (16,9 milliards d’euros) au britannique Lloyds pour faciliter la vente d’une partie de son réseau, handicapé par un portefeuille de prêts très supérieur aux dépôts.

Si les grandes entreprises non financières disposent de liquidités importantes, les financements demeurent un avantage concurrentiel pour JPMorgan sur le marché des M&A, qui retrouve sa dynamique d’avant mi-2008. La banque « est numéro un mondial en termes de commissions de banque d’investissement, même si elle est cinquième sur les opérations de M&A bouclées au premier trimestre, d’après Dealogic, relève KBW. Cependant, elle est à la première place sur les opérations annoncées depuis janvier, donc nous anticipons une impulsion croissante dans cette activité. »

Au premier trimestre, les revenus des métiers de banque d’investissement de JPMorgan (hors activités de marché) ont atteint 1,78 milliard de dollars, en légère baisse par rapport à fin 2010 mais en hausse de 23 % sur un an. Si le primaire actions (introductions en Bourse et augmentations de capital) est en recul, les commissions de conseil en M&A (429 millions) ont bondi de 41 % par rapport au premier trimestre 2010, tandis que les revenus tirés des émissions obligataires ont battu leur record, à 971 millions (+33 % sur un an). Preuve que le crédit bancaire ne se substitue pas à la dette désintermédiée, qui reste le principal outil de financement des grands groupes américains. 

A lire aussi