Isodev finance les PME sur un mode désintermédié

le 28/02/2013 L'AGEFI Hebdo

La société leur propose Boost’PME, du crédit en forme de quasi-fonds propres. La démarche industrialise le capital-investissement.

La désintermédiation du crédit concerne désormais aussi les PME et TPE. Isodev vient ainsi de démarrer la distribution de prêts à cinq ans à des entreprises dont le chiffre d’affaires va de 250.000 à 15 millions d’euros. Tout juste lancée, l’activité a vocation à être déployée à grande échelle, distribuant en rythme de croisière 600 millions d’euros de crédit par an. Il est vrai que la société dispose d’atouts pour un tel projet : créée par Philippe Dupont, l’ex-président de Banques Populaires et de Natixis, elle réunit à son tour de table des entrepreneurs de premier plan, François Pinault, Vincent Bolloré, Alain Dinin, Jean-Charles Naouri, Philippe Houzé, Bernard Arnault...

Le projet part d’ailleurs d’une vision ambitieuse des PME et TPE. « La sous-capitalisation des PME françaises est connue. En outre, nous avons constaté que près de la moitié de l’investissement productif de ces sociétés, 40 milliards d’euros par an environ, était autofinancée, expose Philippe Dupont. Or l’autofinancement n’est pas une bonne solution, les entreprises doivent protéger leur trésorerie avec leurs fonds propres, compte tenu des restrictions en vue sur le crédit avec Bâle 3, comme pour faire face aux à-coups de l’économie. »

Système d’appréciation des risques

Si elles veulent investir pour croître, les entreprises se retrouvent souvent avec un besoin en fonds de roulement détérioré, telle cette société de transport scolaire qui a obtenu un leasingpour acheter un bus mais devait trouver les moyens de financer un chariot élévateur pour ses passagers handicapés. D’où l’idée d’octroyer des prêts participatifs aux entreprises, des quasi-fonds propres à 5 ans consolidant leur bilan, renforçant leur accès à d’autres financements. Autre avantage, les prêts participatifs n’étant pas assimilés à du crédit, Isodev échappe aux règles sur le monopole du crédit.

Clé du modèle, la société - dont le capital de départ atteint 12 millions d’euros - a bâti un système d’appréciation des risques (scoring) particulièrement robuste. « Nous avons testé un algorithme de risque, historisé sur quatre années, avec une cinquantaine de critères quantitatifs mais aussi qualitatifs, fruit de mon expérience et de celle de mes associés, Germain Simoneau et Patrick Touton, explique Philippe Dupont. Validée à partir des bases de données de banques et d’assureurs-crédit, notre base de cotations a été auditée par Coface Services : nos anticipations des risques de défaillances sont les meilleures de la place. » En place depuis l’été dernier, l’équipe qui compte 40 personnes note actuellement quelque 770.000 entreprises, bientôt 1 million pour un univers de 1,2 million d’entreprises françaises.

Pour pouvoir distribuer ses prêts à grande échelle, Isodev - qui table sur 12.000 prêts par an - s’est attaché la collaboration des six grandes banques de réseau de la place, de toutes les sociétés de leasinget des experts-comptables. Pour connaître la position d’Isodev sur une demande de crédit, ses partenaires peuvent l’interroger en ligne. Avec cette cotation disponible avant la décision d’investissement, Isodev entend agir comme un déclencheur de l’investissement. De fait, son apport ne doit pas représenter plus de 30 % du financement total, mais s’agissant de quasi-fonds propres octroyés sans caution ni garantie, il devrait encourager les banques à financer le reste de l’investissement.

La distribution des crédits est alimentée par des fonds levés auprès d’investisseurs : une collecte de 200 millions est en cours, 35 millions ayant été levés, et 6 millions octroyés, auprès d’Axa, CNP, AG2R et Natixis Assurances qui investissent via un FCT (fonds commun de titrisation). « Le schéma de la titrisation a été conçu pour financer l’activité d’Isodev qui se met graduellement en place, indiquent Fabrice Guesde et Benjamin Masson, en charge de la transaction chez Natixis, conseil de l’opération. Il a fallu adapter les modes d’appels de fonds du FCT à ce démarrage progressif. Dans ce montage original, les investisseurs misent sur un schéma hybride qui relève aussi bien du capital-investissement que de la titrisation. » Leur rémunération a été adaptée en conséquence. « A taux fixe, les prêts donnent lieu à des retours atteignant 10 % à 14 %, selon le profil de risque des entreprises et leurs performances », précise Philippe Dupont. La levée de fonds est rythmée par l’activité, de façon à ne pas mobiliser du cash qui ne rapporte pas de rendement. « Outre la qualité du modèle d’analyse d’Isodev qui permet d’adapter le prix des prêts au coût du risque, les investisseurs sont confortés par la très forte granularité des actifs, le portefeuille pouvant très vite faire l’objet d’une approche statistique », soulignent Fabrice Guesde et Benjamin Masson.

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