Les investissements verts se font attendre

le 19/12/2013 L'AGEFI Hebdo

Les capitaux privés trouvent difficilement leur chemin vers des besoins estimés à 140.000 milliards de dollars d'ici à 2050.

Reflet d'une éolienne en mer d'Irlande. Photo: REA

Les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter. Si les politiques ne changent pas, le réchauffement climatique pourrait atteindre 3,7 degrés d'ici à 2100, selon Climate Action Tracker, alors que la conférence de Cancún en 2010 a fixé une limite de 2 degrés par rapport aux niveaux préindustriels. Contrairement aux Etats-Unis et au Canada, l'Union européenne (UE) est en voie de respecter son engagement de réduire ses émissions (de 20 % en 2020 par rapport à 1990), selon le Programme des Nations unies pour l'environnement. A Varsovie en novembre, les parties sont convenues de prendre de nouveaux engagements d'ici au premier trimestre 2015 en vue d'arriver à un accord international à Paris en décembre 2015.

Les investissements nécessaires à la transition vers une économie à faible intensité de carbone sont colossaux : 140.000 milliards de dollars dans l'électricité, le bâtiment, l'industrie et les transports au niveau mondial d'ici à 2050 selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Or ces investissements baissent depuis 2012 dans le monde et en Europe, selon Bloomberg New Energy Finance

(voir le graphique). Il faut dire que les gouvernements n'indiquent pas clairement la direction à suivre. Les subventions aux énergies fossiles s'élevaient encore à 544 milliards de dollars au niveau mondial en 2012 selon l'AIE, contre 101 milliards pour les renouvelables. Les investisseurs s'inquiètent des coupes dans les politiques d'appui à ces dernières en Europe (lire l’avis d’expert). En France, le gouvernement a ouvert une consultation jusqu'en février 2014 pour revisiter ses modes de soutien.

L’argent public, un catalyseur

Les gouvernements, les utilities et les banques sont de plus en plus contraints dans le financement des investissements verts. Toutefois, les premiers gardent un rôle moteur. Au moins 20 % du budget 2014-2020 de l'UE (180 milliards d'euros) doit être consacré à des politiques liées au climat. « L'argent public sert de catalyseur et rassure les investisseurs », a expliqué Jonathan Maxwell, PDG de Sustainable Development Capital LLP (SDCL), lors du Sustainability Gathering organisé à Dublin le 12 décembre. SDCL a récemment remporté un appel d'offres du gouvernement irlandais pour gérer un fonds de 70 millions d'euros, Irish Energy Efficiency Fund, dont la moitié débloquée par Dublin. Outre leurs budgets, les gouvernements utilisent de manière croissante leurs banques de développement. La KfW allemande a investi 34 milliards d'euros dans les énergies propres en 2012, contre 23 milliards en 2011, selon BNEF.

Les banques pourraient profiter de la décarbonisation de l'économie et engranger 25 à 30 milliards de dollars de revenus d'ici à 2020, contre 4 à 7 milliards en 2010, selon une étude du Fonds mondial pour la nature (WWF) et de Credit Suisse de janvier 2012. Mais les normes de Bâle III limitent leur champ d'action, notamment en termes de maturité, et les obligent à innover. Après avoir vendu 20 milliards d'euros d'actifs ces trois dernières années, Allied Irish Banks a annoncé qu'elle prêterait un milliard en faveur des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique entre 2014 et 2017. Les PME qui lui emprunteront pour des projets d'efficacité énergétique pourront profiter d'un taux d'intérêt réduit grâce au soutien de la Banque européenne d'investissement (BEI). Et les économies qu'elles escomptent de leurs projets seront prises en compte dans le calcul de leur capacité de remboursement.

De nombreux obstacles retiennent encore les investisseurs institutionnels : risques perçus comme plus élevés, liquidité insuffisante des véhicules de financement, taille inadéquate des projets (quelques millions d'euros), manque d'expertise, réglementation (certains pays interdisent à leurs fonds de pension d'investir dans les infrastructures), etc. « Nous avons besoin d'attirer davantage les investisseurs institutionnels comme les fonds de pension et les assureurs », a déclaré Eddie O'Connor, directeur général de Mainstream Renewable Power, une entreprise de développement dans le solaire et l'éolien, qui a levé près de 200 millions d'euros en dette et en capital ces deux dernières années, et qui vient de lancer son propre fonds, Mainstream Capital.

Le développement des « obligations vertes » pourrait attirer les investisseurs. Selon Climate Bonds Initiative et HSBC, leur encours s'élevait à 346 milliards de dollars en mars dernier, contre 174 milliards un an plus tôt. Sur ce total, les obligations en catégorie investissement, libellés dans des devises éligibles aux indices de référence, et de plus de 100 millions de dollars, se montaient à 163 milliards de dollars. « Les dernières émissions, notamment celle d'EDF pour 1,4 milliard d'euros, et l'annonce par Zurich Insurance de son intention d'investir un milliard de dollars dans des obligations vertes sont des signes positifs », estime Philippe Zaouati, directeur général délégué de Natixis AM, en charge de Mirova, pôle d’expertise en investissement responsable.  

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