Dossier Financement de l'innovation

Les initiatives en « corporate venture » reprennent

le 14/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Alors que les grands groupes ont relancé leur politique d’acquisitions de start-up, certains font de l’innovation un véritable support d’investissement.

Siemens, avec un fonds de fonds de 100 millions de dollars début 2009, puis Google (avec 100 millions) ou quelques mois plus tard Schneider et Alstom... Discrètement mais sûrement, les initiatives de groupes industriels dans le capital-risque refont surface. « Avec la sortie de crise, on devrait vivre une nouvelle vague de ‘corporate venture', avec des programmes plus mûrs et solides au profit des entrepreneurs », analyse James Mawson, qui a fondé il y a quelques mois le site globalcorporateventuring.com. Mis à part dans les groupes pharmaceutiques comme Glaxo, Eli Lilly, Novartis..., qui ont depuis longtemps intégré cette approche à leurs programmes R&D (recherche et développement), ou chez quelques grands de la communication (Nokia, IBM, Intel, France Télécom...), ces fonds qui s’étaient multipliés durant la période internet avaient globalement disparu, comme Europ@web (groupe Arnault), Viventures, Air Liquide Ventures ou Valeo Venture.

Aster Capital

En France, Schneider Electric Ventures avait conservé une équipe active pour investir puis gérer le FCPR (fonds commun de placement à risque) de 50 millions d’euros levé en 2003. Avec le risque de disparaître au prochain changement de direction ? « Non, toutes les activités de capital-risque ont connu une certaine instabilité ces dernières années. Notre expérience, après 23 investissements et 7 désinvestissements, nous a amenés à réfléchir à la manière de conserver à la fois un angle ‘industriel’ et une gestion autonome », explique Jean-Marc Bally, managing partner d’Aster Capital, la nouvelle société de gestion issue de cette réflexion : fin 2009, Schneider (40 millions d’euros) et Alstom (30 millions) se sont donc regroupés pour lancer un nouveau FCPR destiné au financement de jeunes sociétés innovantes dans l’énergie et l’environnement.

La démarche, à laquelle s’est depuis associé Rhodia (pour 15 millions) a abouti à renommer la société et à embaucher deux gérants en provenance d'Alstom et un du chimiste pour atteindre une dizaine de professionnels entre Paris, San Francisco, Shanghai et Tokyo. « Il le fallait pour optimiser les réseaux de chacun, poursuit Jean-Marc Bally. Notre vocation n’est pas de racheter des sociétés pour le compte des sponsors, mais bien un investissement financier allié à une forme de veille sur les tendances futures d’un monde qui bouge vite. » Dans cette approche, l’étude annuelle de plusieurs centaines d’innovations que les industriels ne voient habituellement pas est donc au moins aussi importante que l’investissement. Elle permet de créer des partenariats industriels ou commerciaux avec quelques start-up qui s’en trouvent bonifiées, parfois avant même l'investissement final.

Aster Capital vise entre 100 et 120 millions d’euros pour le bouclage de ce fonds, en fin d’année, avec d’autres investisseurs, cette fois institutionnels. Une démarche inverse, mais finalement proche du fonds Emertec IV (60 millions), soutenu à 50 % par le Commissariat à l'énergie atomique et la Caisse des dépôts en 2008 avant de s’ouvrir à plusieurs industriels : Alstom, Suez, Seche, RATP, Sofiproteol... « C’est la bonne stratégie car le ‘mono corporate venture’ entraîne un choc de cultures et souvent des conflits d’intérêts », estime Bernard Maître, son président, qui prépare un nouveau fonds. Elle implique en outre des investissements moindres, et des possibilités de diversification et de changement, en donnant accès aux mêmes informations.

Rhodia Ventures, qui a repris récemment des parts dans le fonds américain Phoenix Venture, opte pour une approche de fonds de fonds et fonds direct similaire à Siemens. Mais cette recherche d’indépendance n’a pas forcément été la principale motivation des autres initiatives en France, où Suez Environnement avec Blue Orange (50 millions d’euros pour l’eau et les déchets), SNCF avec Ecomobilité Partenaires (15 millions d’euros pour les transports) et Total avec Total Energy Venture semblent surtout vouloir mettre la main sur de nouvelles technologies propres.

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