Ineum, devenu Kurt Salmon, veut effacer la crise d’ici à trois ans

le 26/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Grâce à sa fusion avec l’américain KSA, le cabinet de conseil français étend son empreinte géographique et sectorielle.

Pour Chiheb Mahjoub, la sortie de crise est en vue. « Cette année, nous espérons une hausse de revenus à deux chiffres, annonce le PDG du cabinet de conseil Kurt Salmon né le 1

erjanvier de la fusion de l’américain Kurt Salmon Associates (KSA) et du français Ineum Consulting, fondé en 2003 par des anciens de Deloitte. D’ici à trois ans, nous voulons retrouver notre taille d’avant-crise (en 2008, NDLR), lorsqu’Ineum réalisait un chiffre d’affaires de 180 millions d’euros et KSA de 90 millions. » La fusion peut sembler opportune pour le navire amiral français, dont la vente avait été envisagée en 2009 : il affichait l’an dernier un bénéfice opérationnel égal à celui de KSA malgré un chiffre d’affaires d’un tiers plus élevé (voir le tableau).

Aux yeux de Chiheb Mahjoub, cofondateur d’Ineum, ce rapprochement est en fait constructif : KSA avait une compétence mondiale dans les produits de grande consommation et la distribution, ainsi que dans la santé aux Etats-Unis, tandis qu’Ineum était surtout centré sur le secteur financier et les systèmes d’information en France et en Europe. « La complémentarité géographique et des métiers est un atout, juge Jérôme Rusak, associé du cabinet de conseil Day One. Mais outre les doublons possibles aux postes de responsabilité et les différences de structures de rémunération, cette fusion est un défi culturel car Ineum est imprégné d’une culture ‘Big Four’ (étant issu d’un cabinet d’audit, NDLR) et KSA un acteur pur du conseil. » Tous deux cohabitaient depuis 2007 au sein de Management Consulting Group (MCG), une holding cotée à Londres. « Elle a rationalisé ses activités autour de deux marques seulement : Kurt Salmon pour le conseil en stratégie et management et Proudfoot pour les missions d’efficacité opérationnelle », explique Chiheb Mahjoub. Spécialiste des plans d’économies, Alexander Proudfoot représentait 23 % du chiffre d’affaires de MCG en 2010.

Dans le pôle de conseil, la marque Kurt Salmon, née en 1935, s’est imposée pour « personnifier le cabinet » comme chez McKinsey ou Oliver Wyman. « Celle d’Ineum commençait à être bien connue mais restait centrée sur la France et l’Europe francophone, avance Chiheb Mahjoub. Or nous y avions déjà atteint la taille critique. Un changement de nom n’était donc pas un problème majeur sachant que nos perspectives de croissance sont aux Etats-Unis, en Allemagne et en Asie. »

Relais de croissance

Pour atteindre le Top 10 mondial du conseil et une marge à deux chiffres, KSA ne court pas après les volumes, mais veut monter en gamme. « Nous avons mis en place un plan d’excellence visant à développer de nouvelles offres sur les paiements sur mobile, l’impact stratégique et organisationnel des nouveaux réseaux sociaux, ou encore la gouvernance et les réorganisations dans le cadre ducloud computing’ (informatique dématérialisée, NDLR), précise le responsable. Nous allons aussi améliorer la couverture de nos grands métiers dans nos pays clés (France, Etats-Unis, Benelux, Royaume-Uni et Asie), et nous renforcer dans les pays européens où nous sommes encore peu présents. »

L’Allemagne est une priorité. « Nous allons y accentuer notre présence au second semestre en recrutant une équipe dédiée aux banques et ferons de même en Grande-Bretagne l’an prochain, annonce le PDG. Nous misons aussi sur l’Asie, où nous souhaitons nous installer à Hong Kong et Singapour pour compléter notre présence en Chine continentale et au Japon. » Le bureau australien d’Ineum, trop excentré, a en revanche fermé.

En outre, 400 embauches sont prévues cette année, dont 150 en France, principal pays avec 750 salariés sur 1.600. Avec le turnover naturel, l’effectif global devrait gonfler d’une centaine de personnes mais Kurt Salmon compte rapidement revenir à 1.900 collaborateurs. Pour fidéliser les équipes, « nous avons relancé un programme d’actionnariat ouvert aux associés juniors et aux nouveaux entrants, pointe Chiheb Mahjoub. 20 % du capital de MCG est entre les mains des associés de Kurt Salmon, contre 40 % en 2007 ». Le cabinet compte seulement une centaine d’associés sur 1.500 consultants, un ratio assez bas pour un cabinet de conseil.

Les investissements sont compensés par la rationalisation des implantations et des fonctions supports, qui doit permettre d’économiser 5 millions de livres (5,6 millions d’euros) cette année. Le groupe MCG a aussi les coudées plus franches depuis une augmentation de capital en juin, mais il restait endetté à hauteur de 54,4 millions de livres fin 2010.

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