L’avis de... Alain Rousset, président de la région Aquitaine et de l’Association des régions de France (ARF)

«Il faut étoffer encore le dispositif FSI»

le 19/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Vous êtes chargé des questions industrielles dans l’équipe de François Hollande. Comment percevez-vous le Fonds stratégique d’investissement (FSI) ?

On a parlé d’abord d’un fonds souverain. Or la Caisse des dépôts et l’Etat français étaient des investisseurs souverains avant sa création. L’initiative est positive mais, après un départ modeste, le FSI doit trouver ses marques, s’organiser techniquement pour être compétitif dans l’accompagnement des PME, sans commettre les deux erreurs qui consisteraient à être trop centralisé et déconnecté du terrain... J’ai plusieurs exemples d’entreprises qui attendent encore sa réponse après de longs mois !

N’est-ce pas un problème de moyens ?

Non, c’est d'abord un problème de culture. Le FSI doit être un acteur de l’action industrielle et, sans chercher des taux de rendement à deux chiffres, se montrer capable d’investir des tickets significatifs sur longue période. Son équipe de spécialistes de l’investissement, sans intéressement ni conflit d’intérêts, ne me semble pas encore assez étoffée. Il faut du temps pour cela, et assurément aller plus loin pour que le FSI soit complémentaire d’Oséo dans le cadre d’une véritable banque publique pour l’industrie.

Quant au rapprochement du terrain, c’est l’objet de FSI Régions…

En réalité, c’est parce que les régions se sont battues pour être intégrées dans la réflexion que ce dispositif a été lancé. Mais là encore, avec un seul professionnel pour chacune des quinze régions desservies... Le fonds devrait, en toute logique, être une arme pour la réindustrialisation de la France. Il faut qu’il réinvestisse tous ses bénéfices et accepte de faire participer l’épargne longue, via la réforme du Livret de développement durable, voire en devenir garant pour pouvoir prendre de vrais risques industriels. Si le FSI n’investit que lorsqu’il est sûr de faire un maximum de rendement, cela n’a pas d’intérêt. Certains fonds gérés par l’APE (Agence des participations de l'Etat) peuvent être une autre source potentielle, car je crois que sur les 6 milliards de cash apportés au FSI, il n’y avait finalement pas tant d’«argent frais».

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