Rencontre avec... Didier Valet, directeur de Société Générale Corporate and Investment Banking (SG CIB)

« Il faut des BFI fortes dans la zone euro »

le 08/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Vous êtes depuis fin 2011 à la tête de la banque de financement et d’investissement (BFI) de Société Générale. Avec quelle mission ?

Après la rupture de l’été dernier (liée à la crise de la dette en zone euro, NDLR), nous allons accélérer la transformation de SG CIB vers un modèle plus efficace en termes de consommation de ressources rares, d’accompagnement des clients et de profitabilité. Cela passe d’abord par la poursuite de la réduction du bilan et de la consommation de liquidité de la BFI, des actions que je pilotais au niveau groupe en tant que directeur financier. SG CIB a réduit ses besoins de liquidités en dollars de 55 milliards à fin 2011 - notamment sur les ressources courtes - sur un objectif initial de 50 milliards. L’effort sur la liquidité longue va être poursuivi, après la vente de 6 milliards d’euros d’actifs au second semestre.

Votre portefeuille d’actifs gérés en extinction a diminué de moitié en 2011 mais compte encore 16 milliards d’euros d’actifs. Est-ce un handicap ?

L’impact sur nos comptes était faible au premier semestre, traduisant le redressement de cette classe d’actifs. A partir de septembre, nous avons accéléré la cession des actifs financés en dollars avec une perte de valeur crédit assez limitée. A l’avenir, nous arbitrerons les cessions selon les marges futures et l’adhérence clients des actifs en extinction et des activités arrêtées ou sur lesquelles nous réduisons la voilure. Il s’agit des financements structurés immobiliers, de l’aéronautique, du shipping (transport maritime, NDLR) et de certaines activités hors d’Europe tel le financement export et d’actifs. Cela diminuera notre produit net bancaire de 500 à 750 millions d’euros en 2012.

La place de la BFI va-t-elle changer ?

Non, elle reste un des piliers du groupe (au côté de la banque de détail en France et à l’international, NDLR), avec un vrai rôle de financement de l’économie en direct ou via les marchés. Il faut des BFI fortes dans la zone euro pour que le marché ne soit pas dominé par des non-résidents qui peuvent se retirer en cas de stress. SG CIB devrait continuer à consommer environ un tiers de fonds propres et des risques pondérés du groupe (dont la baisse a été compensée par une hausse mécanique liée au passage à Bâle 2,5 fin 2011, NDLR).

Aurez-vous une direction dédiée à la distribution des crédits ?

Nous allons plutôt nous concentrer sur la manière dont nos équipes de financements structurés et d’origination peuvent accroître le conseil et la rotation des portefeuilles. Après les prêts syndiqués et par effet de levier qui ont déjà leur marché secondaire, il faut originer les autres financements structurés (de projets par exemple), en ayant à l’esprit qu’une grande partie sera redistribuée à des investisseurs institutionnels. Nous devons leur offrir les meilleures structures grâce à nos capacités d’ingénierie. Nous envisageons aussi de créer une équipe de gestion des ressources rares (capital et liquidité) qui me sera rattachée et aura notamment pour mission d’étudier comment refinancer au mieux les prêts.

Allez-vous réorganiser vos activités de marché ?

Nous allons conserver nos quatre lignes produits - Global Equity Flow, Fixed Income (taux, change et crédit), Matières Premières et Cross Assets Solutions pour des produits plus sophistiqués - et notre société de gestion Lyxor. Le fixed income sera plus consommateur de capital sous Bâle III, mais nous n’allons pas réduire fortement la voilure comme certains concurrents. Dans ce métier, nous nous tournerons davantage vers des solutions de flux et poursuivrons le développement du trading électronique. Nous serons ainsi mieux préparés à la migration des OTC (dérivés de gré à gré, NDLR) de taux vers les marchés compensés, un processus encore en amorçage. Il reste en effet des incertitudes autour du clearing de dérivés de taux, notamment sur le statut des chambres de compensation aux Etats-Unis. Nous envisageons par ailleurs, à partir d’avril, d’intégrer la trésorerie dans le fixed income pour plus de synergies entre la gestion des ressources longues et courtes. Nous créerons aussi une joint-venture dans les dérivés de taux et change entre l’équipe de vente aux institutionnels et celle dédiée aux corporates, actuellement logée dans les financements structurés.

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