L’avis de... Alexandra Givry, directeur de la division Surveillance des marchés de l’Autorité des marchés financiers

« Il faut absolument renforcer aussi nos moyens de détection »

le 06/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Pourquoi les régulateurs n’arrivent-ils pas à mesurer le « trading haute fréquence » (HFT) ?

Selon nos estimations, le HFT représente désormais deux tiers des ordres routés sur le marché et environ un tiers de transactions. L’une de nos difficultés : nous ne disposons pas de moyens nous permettant de déterminer si l’ordre passé sur la plate-forme que nous supervisons provient d’un algorithme, et de surcroît d’un algorithme « haute fréquence ». Seul lui est associé le nom du membre de marché donneur d’ordre, qui peut être un prestataire de services d’investissements (PSI) œuvrant pour son compte, ou pour le compte de clients, pour certains HFT. En outre, l’absence d’identifiant du donneur d’ordres initial complique la surveillance en cas de pratique manipulatrice.

Quel en est son impact sur la liquidité et la volatilité ?

En premier lieu, cette liquidité présente un caractère « artificiel » tant elle peut s’évaporer vite en période de stress. Deuxièmement, les traders HFT peuvent faire fuir les investisseurs traditionnels qui n’ont pas accès à cette technologie. Troisième point, cette course sans fin à la rapidité, à la technologie et à la puissance des systèmes (pour supporter des volumes d’ordres accrus) pèse également sur le coût des infrastructures de marché (au mieux) partagé par tous les investisseurs. Enfin, il existe le risque lié au dysfonctionnement opérationnel d’un algorithme « fou » qui pourrait causer des mouvements de cours violents et rapides.

Que doit-on changer dans la régulation ?

De nouveaux textes sont nécessaires sur des schémas manipulateurs spécifiques au HFT, ce qui sera traité via la révision de la directive MAD (Market Abusive Directive, NDLR). Il faut également renforcer, outre nos moyens d’enquête et de sanction, nos moyens de détection : nous n’avons à ce jour accès qu’au carnet d’ordres de Nyse Euronext, alors qu’une valeur française se traite désormais sur plusieurs plates-formes. Dans le cadre de la révision de la directive MIF (Marchés d’instruments financiers), nous plaidons pour obtenir les moyens nous permettant d’effectuer une surveillance croisée sur l’ensemble des plates-formes. Enfin, il est important de mettre en place au plan européen une boîte à outils réglementaire qui permette d’encadrer le HFT. La coordination pourrait être conduite par l’Esma (European Securities and Markets Authority). S’il y a une controverse sur les apports du HFT en termes d’efficience, il y a un consensus croissant sur les enjeux en termes de surveillance.

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