Heure de vérité prudentielle

le 21/11/2013 L'AGEFI Hebdo

L'heure de vérité a sonné pour les banques européennes. Les grandes manœuvres prudentielles orchestrées par la Banque centrale européenne, l’évaluation de la qualité des actifs de près de 130 établissements, sont en route. La première étape, le recensement des risques auxquels ils sont exposés, pourrait même avoir lieu avant Noël.

Ce grand ménage, bien tardif alors que les Anglo-saxons ont procédé au leur il y a déjà plusieurs années, est indispensable. Le président de l’Autorité bancaire européenne (EBA), l’Italien Andrea Enria, n’a-t-il pas fait remarquer cette semaine que trop de banques européennes avaient échappé au démantèlement et avaient indûment survécu à la crise ? En maintenant sous respiration artificielle certains établissements, les Européens ont freiné la convalescence du secteur plutôt qu’ils ne l’ont accélérée. Or la transparence des bilans et leur assainissement complet sont la condition sine qua non du retour de la confiance, mais aussi de la croissance, fondée sur l’augmentation des prêts au secteur privé.

L’opération mains propres de 2014 est clairement inédite. Descartes énonçait que « pour examiner la vérité, il est besoin, une fois en sa vie, de mettre toutes choses en doute autant qu'il se peut ». Les Européens semblent avoir retenu la leçon (lire l’Evènement page 8). Tout sera passé au tamis : liquidités, effet de levier, adéquation des provisions, endettement, financement, prêts non performants (dont la définition a été revue), prêts restructurés, exposition à la dette des Etats de la région… Les banques se préparent – les envois de données sur sept ans ont débuté –, et renforcent provisions et fonds propres pour affronter l’exercice. Cet examen complet sera suivi d’un test de résistance, afin de déterminer la capacité des groupes à absorber des chocs dans des conditions de tension, voire de crise.

Reste que pour être crédible, la revue devra cette fois être sans pitié – les stress tests artificiels de 2011, qui avaient été suivis de faillites, sont encore dans toutes les mémoires. Les banques doivent s’y attendre : le choc sera rude. Car le principe de l’exercice repose sur un postulat : pour être crédible, il devra y avoir de la casse. En contrepartie, les régulateurs et les politiques se doivent d’être prêts. Pour ne pas mettre en danger le financement de l’économie, il faut avoir prévu les parachutes. Les discussions avancent sur le mécanisme européen de résolution, le fonds de résolution unique paneuropéen, mais aussi le système du bail-in, dont l’application pourrait être anticipée. Elles doivent accélérer, car le temps presse. En attendant, les dirigeants des grandes banques françaises se disent sereins. A condition que les spécificités de chaque marché soient respectées.

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