Dossier Banques émergentes

Les groupes financiers brésiliens à la conquête du continent sud-américain

le 20/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Bien capitalisés et bien encadrés, ces établissements se préparent à conquérir de nouveaux marchés.

Le système bancaire brésilien est une forteresse », soulignait Alexandre Tombini en décembre, au cours du dîner de la Fédération brésilienne des banques (Febraban). Le président de la Banque centrale du Brésil affirmait à cette occasion que l’adoption, dans son pays, de règles plus rigides pour le marché financier, notamment celles de Bâle III applicables en 2018, « se [ferait] sans perturbation ». Les ratios de fonds propres des principales banques brésiliennes sont de fait déjà élevées (voir le tableau).

Cette « forteresse » s’est bâtie grâce à une rentabilité parmi les plus élevées au monde, 40 % en moyenne dans les années 2000. « Une des raisons de ce niveau est la mémoire inflationniste », explique Fernando Nogueira da Costa, ancien dirigeant de la banque publique Caixa Econômica Federal, qui rappelle que le taux d’inflation moyen annuel au Brésil entre 1990 et 1994 était de 764 %... Le programme de stabilisation économique adopté en 1994 (le plan Real) a permis d'éradiquer l’inflation tout en renforçant le secteur bancaire. Par la suite, le programme de privatisations bancaires des années 2000 a permis la concentration des acteurs, donnant naissance à des groupes puissants. Les banques publiques (Banco do Brasil, Caixa Econômica Federal, BNDES...) détiennent la moitié du marché domestique, les banques privées, 33,7 % (Itaú, Bradesco) et les banques étrangères, 15,6 % (Santander). La banque publique Banco do Brasil (BB), issue d’une succession d’acquisitions (Banesc, Banco Postal et Votorantim), domine le paysage bancaire en termes d’actifs, de dépôts, de nombre d’agences et d’effectifs.

La croissance externe par fusion-absorption des établissements se poursuit. Itaú et Unibanco ont fusionné en 2008, créant la plus grande banque privée brésilienne. Itaú avait précédemment fait l'acquisition de Banerj et Bemge (publiques), de la BFB (Banco Francês e Brasileiro) et de la banque argentine Banco de Buenos Aires. Itaú a aussi établi des joint-ventures avec les groupes brésiliens Pão de Açucar (supermarchés), Dafra et Lopes (immobilier). De son côté, Unibanco avait acquis dès 2007 les activités de détail de Bank Boston au Chili et en Uruguay, puis la banque de détail brésilienne Bandeirantes, les sociétés de crédit à la consommation Credibanco, Fininvest, Phenix et Luizacred. Suite à la fusion, Itaú-Unibanco s'est porté acquéreur de HSBC Chili et de Citibank en Uruguay.

Concurence à tous crins

La concentration des acteurs a été renforcée par une concurrence à tous crins : « L’acquisition de Banco Real [alors la quatrième plus grande banque privée brésilienne] par l’espagnole Santander, en 2008, a poussé Itaúà fusionner avec Unibanco. La compétition a accru la concentration », explique Fernando Costa. Selon lui, les banques publiques se sont bien sorties de la crise de 2008 en augmentant leur production de crédit : « Elles ont profité de la mise en retrait des banques privées en matière de distribution de crédit pour gagner des parts de marché ». Avec un bémol : Standard&Poor's s’inquiète des parts de marché grandissantes des banques publiques, qui sont utilisées par le gouvernement pour soutenir la croissance et pourraient conduire à une augmentation des créances douteuses en période de hausse des taux directeurs de la banque centrale et d'incertitudes politiques.

L’heure est tout de même à l’expansion internationale, menée par BB. Après l’Argentine (Patagonia) et les Etats-Unis (Eurobank), le groupe public a ouvert une succursale en Russie pour accompagner les grandes entreprises brésiliennes, pour leurs exportations comme pour leurs investissements : Embraer, Havaianas, JBS, H.Stern, Marcopolo et Tramontina. La banque a fait de même à Shanghai où elle a ouvert une succursale en 2008. La Chine est depuis peu le principal partenaire commercial du Brésil, reléguant les Etats-Unis au deuxième rang. Pour l'économiste et professeur Ricardo Mollo, les grandes banques brésiliennes ont le potentiel pour devenir puissantes sur le plan international car elles possèdent une empreinte continentale et l’expérience du crédit aux catégories sociales à bas revenus : « Il y a plusieurs pays en développement avec un taux de bancarisation très faible. C’est une occasion pour générer de la croissance. Leurs points forts sont aussi bien le crédit à la consommation que les industries agro-alimentaires. Généralement, ce sont des marchés moins compétitifs, plus risqués, mais potentiellement plus rentables ».

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