Dossier Capital-investissement

Les grandes fortunes de plus en plus impliquées

le 03/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Les entrepreneurs privés consacrent au non-coté non seulement une partie de leur patrimoine, mais aussi leur temps et leur expertise.

Le private equity a toujours séduit les grandes fortunes : « Nos clients sont pour la plupart eux-mêmes des entrepreneurs, ou membres d'une famille d'entrepreneurs, confirme Claude Lutz, associée du gérant de fortune indépendant Massena Partners. Ils apprécient la dimension concrète du 'private equity'. » La majorité de ses clients investit à la fois à travers des fonds et en direct en co-investissement. Un mode d'intervention classique pour les clients en family office, pour lesquels le non-coté fait partie intégrante de la gestion de patrimoine.

L'implication des investisseurs privés dans le financement des entreprises non cotées n'est d'ailleurs pas un phénomène nouveau. Les familles Wendel, Mulliez, Paluel-Marmont et bien d'autres s'y intéressent depuis plusieurs décennies. Mais leur mode d'intervention s'est démultiplié ces dernières années. On constate ainsi l'émergence de fonds d'entrepreneurs, bâtis autour d'un ou plusieurs associés, à l'instar de Dzeta Conseil, Tamerlan, Agregator, Yam Invest, Latour Capital ou encore Isai. Ces structures sont souvent le fruit de self-made-men qui, après avoir créé leur entreprise, s'impliquent dans l'investissement. Mais l'éclatement de la bulle des nouvelles technologies au début des années 2000, dont certains ne sont pas sortis indemnes en tant qu'investisseurs, a laissé des traces : leur activité de private equity est désormais beaucoup plus structurée.

Des souscripteurs très actifs

Chaque structure a ses propres spécificités, tant dans la structure juridique choisie pour déployer l'activité que dans le type de deal financé. Ainsi, Isai est une société de gestion lancée par quatre associés issus du monde de l'internet : Pierre Kosciusko-Morizet (Price Minister), Geoffroy Roux de Bezieux (Virgin Mobile), Stéphane Treppoz (Sarenza) et Ouriel Ohayon (Appsfire). Elle a levé des fonds auprès de 70 entrepreneurs du secteur, ayant apporté chacun entre 50.000 et 5 millions d'euros, soit un total de 38 millions (dont 14 millions provenant de clients institutionnels). Objectif : mettre à la disposition des sociétés dans lesquelles le fonds est investi - toujours l'internet - l'expertise et le réseau de souscripteurs experts.

« A chaque opération, deux de nos souscripteurs rejoignent le conseil d'administration de la société dans laquelle nous investissons, c'est une source de valeur ajoutée considérable pour ces entreprises, explique Jean-David Chamboredon, président exécutif d'Isai. Mais chaque souscripteur a sa propre stratégie. Certains souhaitent s'impliquer plus que d'autres, quelques-uns sont par ailleurs 'business angels', etc. » Séances de brainstorming, mises en relation avec d'autres membres de la communauté, vérifications de références : les souscripteurs d'Isai sont largement mis à contribution. Loin de l'image de pur client d'un fonds de private equity traditionnel. Ce positionnement d'actionnaire très actif est aussi le choix de Yam Invest, fondé par quatre entrepreneurs européens, à mi-chemin entre le family office et le fonds d'investissement. « Nous sommes là pour accompagner les managements et défendre avec pertinence les intérêts de l’entreprise en tant qu’actionnaire actif, engagé et impliqué, explique Arnaud de Ménibus, président du directoire et cofondateur de Yam Invest. A la différence des fonds d’investissement classiques, nous n’avons pas de contraintes de temps, ni de rentabilité immédiate. Notre horizon d’investissement est conditionné par le seul intérêt du projet et la durée nécessaire à son développement. Nous pouvons donc être là pour de longues années, parfois jusqu’à dix ans dans le secteur de la santé. »

Yam Invest gère ainsi exclusivement le patrimoine de ses quatre associés, en capital-développement dans le secteur du numérique via sa filiale Time Investor et dans la santé à travers Helse, pour des tickets compris entre 5 et 25 millions d'euros.

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