Goldman Sachs assume sa dépendance au compte propre

le 28/04/2011 L'AGEFI Hebdo

La banque américaine entend bien maintenir cette activité décriée, même après la mise en place de la nouvelle régulation financière.

Goldman joue la montre. C’est en effet le 21 juillet 2012 que rentrera en application la règle Volcker interdisant aux banques américaines le « trading propriétaire », c’est-à-dire de jouer avec leurs propres fonds. Les résultats de son premier trimestre fiscal 2011 dévoilés le 19 avril ont pourtant démontré que la prestigieuse banque de Wall Street n’avait pas encore fait le vide dans ces activités.

A elle seule, la division Investing & Lending a généré 2,7 milliards de dollars sur les trois premiers mois de l’année, soit 23 % du produit net bancaire de Goldman Sachs. Or ses revenus sont en grande partie issus de l’entité Special Situations Group (SSG), une unité sur fonds propres spécialisée dans les prêts et titres de créances à long terme. L’autre source de revenus de la division est constituée de participations sur le marché du private equity, toujours sur fonds propres. L’activité d’Investing & Lending a été « le moteur de notre performance sur le premier trimestre malgré une toile de fond macroéconomique incertaine », admet David Viniar, directeur financier de Goldman Sachs.

Une progression bienvenue pour Goldman Sachs qui affiche un bilan contrasté en ce début d’année avec un produit net bancaire en baisse de 7 % et un bénéfice net qui a plongé de 72 %. Une situation qui s’explique, entre autres, par une dégradation depuis plusieurs mois de l’activité de trading pour le compte des clients et de mauvaises performances sur les marchés obligations, devises et matières premières. A cela s’est ajouté le paiement de 1,64 milliard de dollars de dividendes exceptionnels au milliardaire Warren Buffett. Même si l’événement était prévu, il a néanmoins pesé lourdement sur les comptes.

Pour Wall Street, la question désormais est d’anticiper la structure des revenus de Goldman Sachs à moyen terme. « La réponse n’est pas claire compte tenu de l’environnement réglementaire incertain », estime Roger Freeman, analyste chez Barclays Capital. « Goldman Sachs est la banque qui, potentiellement, a le plus à perdre avec la nouvelle régulation », affirment de leur côté les analystes de JPMorgan.

Principal point d’achoppement : l’investissement sur fonds propres. Depuis le vote de la loi de régulation financière en juillet 2010, Goldman Sachs s’est pourtant employé à anticiper ce cadre en liquidant rapidement deux de ses principales activités de trading propriétaire. A l’automne dernier, la banque a tout d’abord démantelé la Principal Stratégies Unit. Véritable hedge fund interne, Principal Strategies a longtemps été le joyau de Goldman Sachs avec environ 2 milliards d’actifs en portefeuille au moment de sa fermeture. Basés à New York, Londres et Hong Kong, ses 70 traders vedettes touchaient souvent des bonus supérieurs à celui de Lloyd Bankfeld, leur patron, avec parfois des primes de plus de 100 millions de dollars. En février dernier, c’était au tour de l’activité Global Macro Proprietary Trading de mettre la clé sous la porte. Spécialisée dans les marchés de fixed income, cette plus petite unité de huit traders était néanmoins considérée comme l’une des plus rentables de la banque.

Bataille juridique

Pour Goldman Sachs, pas question en revanche de se séparer de la SSG et de son portefeuille d’actifs illiquides estimé à environ 10 milliards de dollars. Pour justifier le maintien de cette activité propriétaire qui serait, certaines années, la plus grande pourvoyeuse de profits, les dirigeants de Goldman Sachs s’appuient sur l’argument que cette activité n’entre pas dans la définition du trading propriétaire énoncée dans le texte de loi. « La partie principale de cette activité est en en fait une activité de prêts qui, non seulement est en règle avec la (nouvelle) régulation, mais en plus, est encouragée car cela participe à la reprise économique », assurait David Viniar en octobre dernier.

Pour les avocats, la bataille juridique qui s’annonce pour tracer plus finement les limites du trading propriétaire sera ardue et longue. « Les régulateurs pensaient que serait facile de distinguer le ‘trading’ propriétaire (des autres activités bancaires). Ce ne sera pas si simple », estime Matt Samelson du cabinet Woodbine Associates. Malgré ces incertitudes, l’analyste Glenn Schorr, de Nomura, reste optimiste sur l’action Goldman Sachs : « La firme a un fort historique d’adaptation aux changements. » 

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