Goldman Sachs à l’heure de la révolution culturelle

le 26/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Dans un climat de suspicion, la célèbre institution va devoir se réinventer.

Lloyd Blankfein s’est montré déterminé à faire évoluer son entreprise rapidement.

Goldman Sachs n’apparaissait jadis que dans les pages intérieures du Wall Street Journal. Désormais, plus une semaine ne passe sans que de nouveaux scandales le mettant en cause financier ne fassent la « Une » de la presse populaire américaine. Celle-ci dénonce maintenant une de ses participations dans des sites internet publiant des annonces publicitaires pour des prostituées mineures… Mais les attaques ne viennent pas que de l’extérieur. Greg Smith, un cadre de haut niveau de Goldman Sachs, a démissionné le mois dernier et publié dans le New York Times un « mémo » qui a suscité l’émoi. Greg Smith dit tout haut ce que de nombreux financiers chuchotaient depuis longtemps : Goldman Sachs fait passer ses intérêts propres avant ceux de ses clients. Depuis les poursuites de la SEC, l’autorité de régulation des marchés, sur ses agissements durant la crise du subprime, l’image de l’institution est écornée.

Il ne faut toutefois pas dramatiser. Malgré des revenus de trading en baisse, ses résultats trimestriels (lire le tableau) démontrent que Goldman Sachs dispose d’atouts pour rebondir. « Nous avons assisté à une amélioration du prix des actifs mais nous sommes restés prudents en matière de risque et devrions continuer à l’être vu l’environnement, a plaidé David Viniar, son directeur financier. Cela reflète aussi la prudence de nos clients vis-à-vis du risque. »

Transparence

Le PDG de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, s’est montré déterminé à faire évoluer son établissement rapidement. Tout d’abord, il a décidé de geler les bonus jusqu’en 2013 pour couper court aux polémiques sur les salaires indécents des traders et des partenaires de la banque. Sa propre rémunération a d’ailleurs baissé de 35 % en 2011. Ensuite, il a fait un geste de transparence sur la gouvernance de l’entreprise en acceptant, sous la pression du syndicat américain AFSME (Association of Federal, State and Municipal Employees), de nommer un administrateur indépendant. Toutefois, Lloyd Blankfein a réussi à maintenir le cumul des postes de patron opérationnel et de président du conseil d’administration, alors que certains administrateurs réclamaient une scission.

Pour calmer les esprits et satisfaire ses actionnaires, Goldman Sachs a créé la surprise en annonçant une hausse de son dividende trimestriel de 0,35 dollar par action à 0,46 dollar. C’est la troisième fois seulement depuis son introduction en Bourse en 1999 que la banque décide une telle mesure, et même la première depuis six ans. Si le cours de l’action a progressé de 29 % cette année, il affiche toujours une baisse de 50 % par rapport a son plus haut de 2007.

La question est maintenant de savoir si les actions entreprises vont être suffisantes et si Goldman Sachs va être capable de renverser la tendance. Charles Peabody, analyste chez Portales Partners LCC, pour sa part n’y croit pas. Il redoute que l’image de l’établissement, traditionnnellement associée à l’univers feutré des conseils d’administration et des couloirs de la Maison Blanche, continue de se détériorer. Par ailleurs, il estime que les bonnes performances de tous les établissements financiers au premier trimestre ne sont que passagères et que le reste de l’année sera difficile du fait des nouvelles mesures de régulation. Mais surtout, son principal sujet d’inquiétude concerne la vague de départs des partenaires (partners) expérimentés de Goldman Sachs qui pourrait, selon lui, dramatiquement affecter son activité.

L’analyste n’hésite pas à parler d’une fuite des cerveaux. Il faut dire qu’en dix-huit mois, 70 partners sur 400 ont quitté la « firme » et quatre membres sur 29 son management committee, dont Yoël Zaoui, Français de 51 ans entré chez Goldman Sachs 24 ans plus tôt, « l’homme aux 80 deals » qui dirigeait les fusions-acquisitions. La situation est préoccupante car la force de Goldman Sachs reposait jusque-là sur l’expertise des partenaires. Or, si ces derniers sont remplacés par de plus jeunes et moins expérimentés, cela pourrait déstabiliser tout l’édifice. Depuis sa création, Goldman Sachs s’efforce en permanence de recruter et de fidéliser les meilleurs talents, remarque toutefois Todd Schoenberger, analyste principal de Black Bay Group, qui estime lui que c’est l’occasion pour la banque, malgré toutes les polémiques, de recruter de nouveaux talents et de faire table rase du passé. Reste que d’autres doutent de la capacité de Lloyd Blankfein à définir un nouveau cap. A 57 ans, celui-ci est certes soutenu par son management committee, mais certains de ses membres se placeraient déjà en perspective de sa succession.

A lire aussi