L’avis de... Jean-David Cirotteau, directeur de la recherche titrisation de SG CIB

« Gérer ses titrisations non déconsolidées peut jouer sur les fonds propres »

le 15/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Bank of Ireland (BoI) a racheté pour plus de 1,1 milliard d’euros de titres adossés à des prêts hypothécaires résidentiels (RMBS) : quel est le sens de cette opération ?

Elle a été guidée par les exigences de la banque centrale irlandaise sur l’amélioration des fonds propres Core Tier one avant le 31 décembre. Après avoir imposé des pertes à ses créanciers juniors et augmenté son capital, BoI s’est tournée vers ses opérations de titrisation non déconsolidées. Elle a offert un prix de rachat assez intéressant pour chaque tranche (entre 33 % et 92 % du pair), en particulier les plus subordonnées. Et expliqué à ses investisseurs que, de toute manière, elle n’exercerait pas les options de rachat (call) en mars et avril 2012.

Comment la réintégration au bilan d’actifs « titrisés » peut-elle aboutir à renforcer les fonds propres ?

Lorsqu’une banque structure une opération de titrisation, elle ne cède pas toujours toutes les tranches aux investisseurs et les inscrit au passif de son bilan. Depuis Lehman Brothers, si elle conserve la totalité des parts

equity, qui supportent les premières pertes sur le portefeuille, elle ne peut pas non plus déconsolider de son bilan les sous-jacents, comme c’était le but. Elle doit conserver toutes ces créances à son actif et, du coup, par équivalence, également tout le passif correspondant, même la partie des tranches cédées à des investisseurs tiers. Ce passif est comptabilisé à sa valeur faciale, alors que leur valeur de marché peut diminuer. Avec ce rachat profitant de fortes décotes, BoI a pu dégager un profit immédiat de 350 millions, à condition, pour que cette amélioration comptable soit validée, que l’actif ait déjà fait l’objet de provisions sur les pertes.

Pourrait-on voir d’autres opérations de ce type ?

Peut-être pour des banques contraintes sur leurs ratios réglementaires pour juin 2012. Jusque-là, elles ne rachetaient leurs titrisations que pour éviter de reprendre les titres au pair à la date contractuelle de rachat anticipé. En 2009, nous avions constaté une hausse des remboursements anticipés sur les titrisations non déconsolidées de banques espagnoles. Dans ce cas, les caisses d’épargne intervenaient directement à l’actif des portefeuilles en restructurant les prêts hypothécaires afin d’éviter, suivant une logique proche, une réévaluation à la baisse des actifs en garantie.

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