L’HOMME CLÉ, Marc Pandraud, vice-président de la banque d’affaires en Europe de Deutsche Bank

« Un gain d’un point de part de marché d’ici à cinq ans est un bel objectif »

le 26/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Immeuble flambant neuf mitoyen d’un concessionnaire Aston Martin, salle de marché s’étalant sur un étage, terrasse à 360 degrés surplombant le Grand Palais… Les nouveaux locaux parisiens de Deutsche Bank, qui a quitté l’avenue de Friedland pour prendre ses quartiers avenue Franklin Roosevelt, disposent de sérieux atouts pour attirer les banquiers de la Place. Marc Pandraud, ancien président de Deutsche Bank France, nommé en juin vice-président de l’activité banque d’affaires en Europe et responsable du développement de la franchise clients, ne profitera toutefois que partiellement de ce nouveau cadre. Pour cette création de poste, « ma mission est de consolider la position de première banque d’affaires européenne de Deutsche Bank en Europe et de développer sa part de marché, déjà forte. Un gain d’un point d’ici à cinq ans constitue un bel objectif », estime ce quinquagénaire. Selon Thomson Reuters, la part de marché de Deutsche Bank dans la zone EMEA* s’élevait à 5,5 % sur les huit premiers mois de l’année. L’Europe représente quelque 35 % des revenus du groupe en banque d’affaires, contre un peu plus de 50 % pour les Etats-Unis.

Cette nouvelle fonction constitue un rôle sur mesure pour Marc Pandraud, pur produit de la banque d’affaires. Si le diplômé d’ESCP, où sa femme enseigne actuellement, a débuté sa carrière en 1982 dans l’audit chez Peat Marwick, il rejoint dès 1985 Bear Stearns puis SG Warburg pour s’occuper des fusions-acquisitions (M&A). « Chez Bear Stearns, John Paulson (fondateur du fonds spéculatif éponyme, NDLR), qui était alors mon chef direct, m’a donné très tôt les bons réflexes et m’a appris à aller vers les clients. En contraste, mon expérience suivante, chez Warburg, une maison très britannique, m’a appris la prudence et à laisser passer les opérations quand les conditions n’étaient pas réunies », confie Marc Pandraud. Il rejoint ensuite sa maison actuelle en 1995, où il restera trois ans. « Deutsche Bank était déjà une grande banque, mais avec un prisme allemand encore fort. Le modèle était alors en construction, avec des réflexions sur le périmètre d’activités à développer en France », se souvient-il. Il y embauche Bruno Hallak, qui le suivra chez Merrill Lynch en 1998, avant d’opérer avec lui un retour chez Deutsche Bank en 2009 et de lui succéder aujourd’hui à la présidence de la filiale française de la banque. « Ma mission était de fédérer l’ensemble des activités (banque de marché, gestion d’actifs, banque transactionnelle, banque d’affaires) en renforçant la dimension locale, et de faire monter en puissance l’activité de conseil, qui n’était pas à sa place en France pour un groupe de l’envergure de Deutsche Bank. Classé alors 15 à 20e, Deutsche Bank se positionne désormais de manière récurrente parmi les toutes premières banques dans l’Hexagone », revendique Marc Pandraud.

En 2012, Deutsche Bank avait annoncé un plan de suppression de 1.500 postes dans la banque de financement et d’investissement (BFI) au niveau groupe, soit 10 % des effectifs. Aujourd’hui, ce plan a été réalisé. « Dans la banque d’affaires, il faut toujours raisonner en flux tendus : des effectifs trop importants dégradent l’esprit d’équipe. La taille optimale dans le conseil pour un pays comme la France s’établit en règle générale à une trentaine de collaborateurs », juge Marc Pandraud.

Si les revenus du groupe en BFI se sont révélés stables sur le premier semestre, le résultat avant impôts a crû de 11 %. Sur le primaire actions, où l’activité a bondi de 57 %, « le marché s’est stabilisé et de nombreuses opérations voient le jour », observe Marc Pandraud. Dans les émissions obligataires (+32 % sur le semestre), « l’Europe suit l’exemple des Etats-Unis où les financements de marché supplantent les financements bancaires. 2012 et le début de l’année 2013 ont constitué des périodes exceptionnelles sur les marchés de la dette en Europe, marquant un phénomène de rattrapage. Le reste de l’année pourrait se révéler moins actif », projette ce père de quatre enfants. Dans le conseil en M&A (-28 %), « les opérations ont redémarré cet été et 2013 devrait finalement constituer une bonne année. Plusieurs facteurs soutiennent cette activité : les entreprises ont des bilans solides et peuvent désormais se financer et se refinancer dans des marchés plus stables. Face à des zones de croissance réduites, elles doivent aller chercher de nouveaux marchés ou bien des synergies dans des opérations de consolidation », explique Marc Pandraud. Selon ce dernier, « jusqu’en 2005, 80 % des opérations de M&A étaient domestiques et 20 % transfrontières. Ce rapport s’est désormais inversé et a vocation à rester sur ces ordres de grandeur ». Un constat qui donne d’autant plus de poids à la nouvelle fonction du dirigeant. 

*Europe, Moyen-Orient, Afrique.

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