Rencontre avec... François Baroin, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie

« Le G20 s’est doté d’une véritable Organisation mondiale de la finance »

le 08/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Propos recueillis par Jérémie Marais

Les lecteurs de L’Agefi estiment que les réponses du G20 ne sont pas à la hauteur des enjeux en matière de régulation financière. Que leur répondez-vous ?

Il faut remettre le G20 de Cannes dans son contexte, c’est-à-dire le ralentissement économique, la dégradation de la note des Etats-Unis en août, l’instabilité de la zone euro, la difficulté à rassurer les marchés et les interrogations sur les économies émergentes. A cela s’est ajoutée, la veille du sommet, l’annonce d’un référendum par le Premier ministre grec Papandréou, ce qui a créé un effet d’optique un peu déformant sur les résultats très importants du G20, notamment sur la régulation financière.

Parmi les avancées, nous avons notamment décidé de renforcer la régulation des grandes banques systémiques, via un renforcement des fonds propres et des exigences de transparence accrues, et la lutte contre les paradis fiscaux a été approfondie, avec la publication d’une liste de onze juridictions non coopératives, qui doivent en sortir rapidement sous peine de mesures de rétorsion. Certes, il n’y a pas eu de consensus sur la mise en œuvre d’une taxe sur les transactions financières, une initiative française, mais il y a eu des discussions approfondies, et la porte est ouverte pour définir ses modalités pratiques. Sur le plan de la gouvernance financière, le G20 a doté le Conseil de stabilité financière d’une personnalité morale qui lui permet d’avoir l’autorité, la visibilité et les moyens d’action nécessaires. C’est un pas essentiel. Le Conseil de stabilité financière s’est transformé en véritable Organisation mondiale de la finance. C’est l’équivalent de l’ONU pour la diplomatie ou de l’OMC pour le commerce.

Etes-vous attentif à l’égalité de concurrence, notamment au respect par les Etats-Unis de leur engagement à appliquer Bâle III ?

En Europe, les normes de Bâle III sont en réalité largement anticipées avec le calendrier proposé pour juin 2012. Cela fait l’objet de discussions régulières avec les autorités américaines. Il ne faut pas oublier que les banques américaines, après la crise, se sont mises dans la situation d’avoir un niveau de fonds propres supérieur à la moyenne des banques européennes. On souhaiterait naturellement que les Américains soient plus allants dans la mise en œuvre de leurs engagements, on maintient la pression. La nouvelle Organisation mondiale de la finance, qui prendra une place conséquente avec le temps, aura aussi pour objectif de suivre l’évolution des engagements du G20 sur la régulation financière, de nous tenir informés des éventuels retards, et cela fera l’objet de discussions au cours des sommets suivants. La question des sanctions se posera inévitablement.

Les banques brandissent aussi le risque d’une réduction du financement de l’économie…

Les pays de la zone euro se sont mis d’accord sur une recapitalisation des banques pour augmenter leur résistance et répondre au questionnement des marchés financiers sur leur solvabilité. On anticipe de six ans les accords de Bâle III. Les banques européennes, et singulièrement les banques françaises, ont les moyens d’absorber cette augmentation de fonds propres. Cela représente 8,8 milliards d’euros pour les banques françaises, qui ont fait 11 milliards de bénéfices au premier semestre. C’est absorbable sans réduction de leur activité de crédit. D’ailleurs, depuis le début de l’année, l’accès au crédit augmente de 5,5 % en France, contre une moyenne européenne autour de 1,5 %. L’irrigation est là, les flux existent. L’augmentation des fonds propres ne doit pas se faire au détriment de l’accès au crédit, c’est la mission confiée au gouverneur de la Banque de France, au médiateur du crédit et à moi-même. J’ajoute que la décision des banques centrales du 30 novembre traite aussi le problème d’accès aux liquidités.

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