DOSSIER Pôle public de financement

Le FSI veut faire l’unanimité

le 19/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Le Fonds a simplifié son message pour assurer sa place dans l’éventuelle future banque publique d’investissement

Jean-Yves Gilet, directeur général du FSI, aux côtés d’Antoine Gosset Grainville, directeur général adjoint de la Caisse des dépôts, le 6 mars 2012 lors de la présentation des résultats du FSI.

Celui qui n’a pas compris que les décisions du Fonds stratégique d’investissement (FSI) se prennent à l’Elysée est vraiment naïf», lâchait le maire d’une ville moyenne en 2010... La déclaration révélait combien le FSI, créé fin 2008 sur demande présidentielle par la Caisse des dépôts (CDC, pour 51%) et l’Agence des participations de l’Etat (APE, pour 49%) avec quelque 20 milliards d’euros (dont 6 milliards d’argent frais et 14 de participations), est d’abord apparu comme un «instrument politique». Aujourd’hui, force est de constater que même «le Parti socialiste aurait rêvé de créer ce FSI, un objet d'inspiration éminemment sociale-démocrate, qui réhabilite l'Etat actionnaire», écrivait Libération en novembre, confirmant le «consensus» évoqué par le chef de l'Etat.

En trois exercices, le FSI a investi 3,7 milliards d’euros en direct dans 64 entreprises de taille intermédiaire (ETI) ou plus grande, engagé 720 millions d’euros dans les fonds public-privé créés à son initiative (FMEA*, FMEA rang 2, FCDE**, Fonds Bois, Innobio, voir le tableau

page 28), et 525 millions (pour 2,7 milliards investis dans 1.600 PME) dans les fonds partenaires de FSI France Investissement, programme géré par CDC Entreprises depuis 2006. Le fonds a puisé ces quelque 5 milliards d’euros dans les 3 milliards d’apports en numéraire libérés par ses actionnaires, ainsi que dans les revenus de ses participations (1,7 milliard pour l'essentiel grâce aux dividendes de France Télécom) et les cessions de participations réalisées (0,9 milliard encaissé).

«Après une longue première phase de mise en place de cet outil extrêmement innovant tourné vers la croissance des entreprises et la stabilisation de leur capital, j’ai entamé une deuxième phase d’approfondissement avec trois chantiers prioritaires», explique Jean-Yves Gilet, directeur général depuis septembre 2010: la politique de filières -avec la finalisation de 18 études sectorielles-; la régionalisation -avec le lancement de FSI Régions pour décentraliser tous les investissements inférieurs à 4 millions d’euros et la reconduction du programme FSI France Investissement pour huit ans (et 5 milliards en tout) - ; l’investissement socialement responsable (ISR) -avec la définition d’objectifs d’amélioration pour chaque participation et une attention particulière sur l’emploi.

Soucieuse de sa bonne gestion des participations apportées par l’Etat, la Commission des finances du Sénat avait publié en juin dernier un rapport qui concluait «que le FSI a prouvé son utilité en apportant un début de réponse aux besoins structurels de fonds propres des entreprises françaises», notamment des ETI. Le sénateur Jean-Pierre Fourcade y saluait une gouvernance originale, sophistiquée et autonome - «notamment face aux dossiers d'entreprises en difficulté» -, ainsi qu'une structure opérationnelle légère et réactive.

Critiques ciblées

«Les deux premières années appellent néanmoins un certain nombre d'ajustements», ajoutait ce rapport. Parmi ses mises en garde, il rappelait ainsi que le FSI doit: éviter de concurrencer les fonds de capital-investissement. «Nous leur proposons systématiquement de nous accompagner», rétorque Jean-Yves Gilet, alors que seule la moitié des dossiers aboutit à un co-investissement; équilibrer ses exigences de rendement sans en faire un critère primordial -«c’est toute la difficulté de notre mission d’investisseur d’intérêt général usant des pratiques de marché»- ; renforcer sa démarche ISR... Le sénateur suggérait surtout de clarifier et de simplifier le positionnement «complexe» à l'égard de la CDC, et d'améliorer sa visibilité au sein des outils de financement public, vis-à-vis des chefs d'entreprise comme des investisseurs pour qui la présence du FSI doit créer un effet d'entraînement.

Le lancement de FSI Régions, guichet unique dans quinze grandes régions organisé à partir de la structure Avenir Entreprises, doit répondre aux problèmes de proximité et d’accompagnement des PME sur le terrain. Et ce dans une logique de «banque publique d’investissement», même si les entités ainsi coordonnées (avec FSI et CDC Entreprises pour les fonds propres ou Oséo pour les prêts) restent séparées, au contraire de ce que prône le candidat socialiste François Hollande... «Mais la communication équivoque autour de FSI Régions (dont les fonds ont été augmentés de 350 millions, mais dont le capital reste à la CDC, pour 80%, contre 20% pour Oséo, NDLR), démontre que le positionnement n’est toujours pas clair», juge un proche du dossier pour qui «la Caisse des dépôts avait la neutralité pour jouer au mieux le rôle d’investisseur souverain».

D’autres critiques ont pu être formulées, parfois sur sa doctrine d’investissement, en minoritaire et à long terme, avec différents véhicules selon la taille, le secteur ou la situation de l’entreprise… «Nos investissements suivent un processus aussi précis que possible, qui comprend un large échange avec nos administrateurs notamment pour les cas atypiques», reconnaît Jean-Yves Gilet suite au dossier AD Industrie, «qui comportait un vrai enjeu industriel», confirment plusieurs observateurs. Autre reproche: le manque de transparence sur les dépréciations de ses participations cotées (229 millions en 2011), dont Jean-François Dehecq, président du comité d'orientation du FSI, aurait souhaité plus de détails lors des derniers résultats… «Nous avons, en tant qu’acteur public, une certaine responsabilité à soupeser nos déclarations», répond le FSI à cette critique qui rejoint celles sur la rotation des participations cotées transférées par l’Etat.

Même le président de la République a demandé ces derniers mois «de l'audace» à cet «acteur de l'ambition industrielle de la France». Le FSI souhaite donc «poursuivre la deuxième phase» avec: la création de nouveaux fonds sectoriels (nucléaire, ferroviaire, aéronautique…) dans le cadre d’échanges avec les industries concernées; l’amélioration de son approche ISR (investissement socialement responsable) grâce à «une position d’actionnaire actif, proche du management et qui entend jouer son rôle ‘à plein’, notamment sur la question de l’emploi» ; et une implication de proximité via FSI Régions pouvant même aboutir à des fonds régionaux avec d’autres partenaires comme en Alsace.

Perspectives

L’équipe, pragmatique et inspirée du modèle allemand, insiste sur cette «révolution» à laquelle elle souhaite désormais associer les collectivités, «jusque-là un peu exclues alors que certaines avaient l’expérience de fonds publics locaux», explique Michel Yahiel, délégué général de l’Association des régions de France (ARF). Elle souhaite également insister sur son soutien aux PME technologiques.

Mais étoffer ses équipes et ses fonds régionaux, tout en continuant à accompagner des ETI au niveau national, demande des moyens... «Avec encore 3 milliards d’euros à libérer par nos actionnaires, 600 à 700 millions d’euros de bénéfices nets chaque année, et les produits des cessions que nous continuerons à mener, ce n’est pas un problème pour maintenir notre rythme de 1,5 milliard d’euros investis par an», estime Jean-Yves Gillet. Le calcul n’est pas si évident au-delà de 2014, surtout si les deux actionnaires du FSI le ponctionnent fortement chaque année, comme l’an dernier avec un dividende de 387 millions d’euros qui représentait 60% de son résultat net 2010. Outre la «gourmandise» de l’Etat, la Commission des finances du Sénat avait dénoncé la possibilité ouverte au fonds de s’endetter en tirant une ligne de 1,5 milliard auprès des Fonds d'épargne de la CDC.

Aucun nouveau gouvernement n’arrêtera donc le FSI. La boîte qui pourrait l'entourer a finalement peu d’importance. «A condition que cet ‘emballage’ ne le pousse pas à réaliser des investissements que d’autres fonds privés, également indispensables, auraient pu faire», conclut un autre observateur avisé stigmatisant un pôle public omniprésent, «qui remplit son rôle en période de crise mais ne doit pas l’outrepasser ensuite». 

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