Dossier Private equity

Les fonds souverains à l’assaut du private equity

le 08/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Au-delà de la recherche du rendement, cette tendance s’explique par la proximité qu’entretiennent ces deux univers depuis plusieurs années.

Immobilier, club de football, chaîne de télévision… Dernièrement, les fonds souverains ont montré une forte tendance à diversifier leurs investissements. Moins médiatique mais tout aussi importante a été leur volonté de nouer des relations capitalistiques avec un certain nombre d’acteurs du private equity. Apax en mars dernier puis CVC Capital Partner et Providence Equity Partner en septembre ont ainsi vu des fonds souverains faire leur entrée - ou monter - à leur capital.

Adeptes d’investissement plutôt « traditionnels » sur les marchés financiers, les fonds souverains tendent à montrer un appétit moins conventionnel qu’à l’accoutumée. Bien entendu, ce changement tient essentiellement à la crise et aux conditions qu’elle a engendrées sur les marchés. « Dans un environnement marqué par des taux d'intérêt bas et des marchés d'actions volatils, la classe du 'private equity' est perçue comme une opportunité offrant souvent un rendement à deux chiffres pour une prise de risque mesurée », explique Antoine Dréan, président de Triago, un agent de placement pour les acteurs du private equity sur les marchés primaires et secondaires. Les fonds souverains y voient l’occasion de réduire leur exposition au risque et de diversifier leurs engagements tout en maximisant leurs retours sur investissement.

Relation historique

Pour autant, le secteur du private equity n’a pas été épargné par la crise. Les rendements à deux chiffres n’ont pas toujours été garantis ces dernières années. Surtout dans un secteur aussi vaste, où il est souvent difficile de séparer le bon grain de l’ivraie. « Dans le private equity, les fonds souverains savent généralement vers qui se tourner, souligne un intervenant. Il n’y a qu’à regarder les dernières opérations réalisées pour s’en convaincre. Apax, CVC, TPG… les fonds dans lesquels ils sont devenus actionnaires sont essentiellement des 'blue chips' qui ont certes un peu souffert ces dernières années mais qui affichent un bon 'track record' sur le long terme. »

Ce n’est pas un hasard si les fonds souverains investissent en fin connaisseurs dans le private equity. La proximité qui existe entre ces deux univers ne date pas d’hier. « Il y a une relation historique entre le 'private equity' et les fonds souverains, rappelle Eric Meyer, banquier conseil en charge du private equity chez Société Générale. Cela fait déjà longtemps que ces derniers étaient investisseurs des fonds mais la familiarité s’est accrue ces dix dernières années. Les simples investisseurs d’hier deviennent désormais actionnaires et répondent par là même aux besoins en capitaux permanents des acteurs du 'private equity'. »

Professionnalisation

Antoine Dréan relève que certains fonds comme ceux de Singapour, du Koweït ou encore d’Abu Dhabi sont « dans la partie » depuis plus de vingt ans. La proximité existante entre ces deux mondes a par ailleurs permis aux fonds souverains d’accéder à un niveau de professionnalisation plus élevé. « Depuis dix ans, les fonds souverains se sont structurés, sophistiqués et ont formé des équipes très compétentes. » En ce sens, derrière les fonds souverains se trouvent aujourd’hui « des personnes créatives qui sont assez ouvertes, précise le président de Triago. On les a vues ces dernières années investir dans des sociétés de gestion ou encore directement dans des sociétés. Ce sont des personnes tout terrain. »

De simples clients à actionnaires, il n’y avait qu’un pas que la crise leur a permis de franchir. L’intérêt des fonds souverains pour le private equity est à cet égard multiple. « Un investisseur ordinaire ne touchera que le rendement d'un fonds, souligne Eric Meyer. En étant actionnaire d'un acteur du 'private equity', il bénéficiera de l'ensemble des sources de profit de la société. Cela part d'une idée simple : j'aligne mes intérêts sur ceux de mon partenaire. Les fonds du Golfe raisonnent beaucoup dans ce sens. »

Dans un environnement financier hostile, les fonds de private equity trouvent eux aussi un intérêt évident. « La manne financière offerte par les fonds souverains est la bienvenue dans un environnement où l'argent se fait plus rare, précise Antoine Dréan. C'est aussi l'occasion de diversifier leur stratégie et d'investir dans l'immobilier, les infrastructures ou le crédit… » Un partenariat gagnant-gagnant qui laisse entrevoir d’autres opérations de ce genre.

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