Fonds propres, la surenchère ?

le 18/07/2013 L'AGEFI Hebdo

L’Histoire se montrera sévère envers ceux qui, à l’instar du président et du gouvernement français, affirment que la crise de la zone euro est surmontée. Les signes qu’elle ne l’est pas sont pourtant clairs, en dehors même de la situation des finances publiques de ses membres. Le plus évident demeure l’état de son système financier, désormais fragmenté, pour ne pas dire brisé, entre ses différentes places nationales. Six ans après le début de la crise financière, les marchés de dettes souveraines ont été renationalisés avec pour effet de lier plus étroitement que jamais le sort des banques locales à celui des Etats. Il est vrai que grâce à la BCE, un progrès a été fait en matière de liquidité. Les remboursements réguliers de fonds reçus dans le cadre des opérations de refinancement à long terme (LTRO) montrent que les banques européennes ont surmonté une part de leur stress d’il y a 18 mois et que certains acteurs traditionnels sont revenus sur le marché monétaire. C’est une condition nécessaire, d’ailleurs inégalement remplie selon les banques, à la normalisation mais sûrement pas suffisante.

Car en matière de solvabilité, l’état des établissements de la zone euro est loin d’être satisfaisant. C’est une des raisons majeures de l’atonie conjoncturelle. Là encore, les situations sont très variables mais la sous-capitalisation réelle demeure massive au Sud. La décote des cours de Bourse sur l’actif net comptable montre que le marché ne se fait guère d’illusion sur la qualité des informations qu'on lui fournit. A l’évidence, la BCE ne s’en fait pas non plus. C’est à elle que reviendra, en cette matière aussi, le rôle essentiel du fait de son nouveau mandat de Cerbère de l’Union bancaire, en préparant dès l’automne les stress tests qu’elle pratiquera l’an prochain. Or comme Benoît Cœuré, membre de son directoire, vient de le souligner, le travail de « nettoyage » des bilans n’a pas été fait comme aux Etats-Unis. Ce « n'est pas seulement souhaitable, c'est une condition pour finalement sortir de la crise et avancer ». On voit mal comment le retard pris sous ce rapport pourra être rattrapé par les Etats concernés autrement que par des astuces comptables, très prisées en Italie ou en Espagne.

La situation est d’autant plus préoccupante qu’un mouvement tendant au durcissement des ratios de fonds propres est perceptible du côté des régulateurs. Les faiblesses de certains modèles internes de pondération des risques ont nourri en leur sein le camp des partisans d’un ratio de levier plus important. En affirmant leur engagement à appliquer Bâle III, les Etats-Unis appellent à relever très haut la barre et à faire par ce biais pression sur les banques européennes. Celles-ci doivent s’y préparer. Quelle que soit la qualité de leurs modèles, les françaises, notamment les systémiques, ne seront pas à l’abri de ce risque de surenchère. 

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