Dossier Capital-investissement

Les fonds d’investissement face à des tensions sur les cessions

le 03/11/2011 L'AGEFI Hebdo

La morosité économique et la frilosité des banques à prêter compliquent les montages financiers pour les sorties de leurs participations.

Le capital-investissement français a repris des couleurs. Malgré ses difficultés à lever des fonds, comme s’en est récemment inquiétée l’Association française des investisseurs en capital (Afic), le secteur peut s’enorgueillir d’une certaine réussite sur le front des sorties (cessions de participations). Selon une étude Afic-Grant Thornton, les désinvestissements ont atteint un montant record d’un peu plus de 3 milliards d’euros au premier semestre (+88 % sur un an), soit un cinquième trimestre consécutif de hausse. « C’est un très bon semestre par rapport à l’année précédente, qu’il s’agisse de sorties en Bourse, de cessions à des industriels ou à des financiers, et dans une moindre mesure au management », souligne Olivier Gindre, administrateur au sein de l’Afic et, par ailleurs, président d’EPF Partners.

L’embellie pourrait toutefois ne pas durer. « Le nombre de transactions en LBO ('leveraged buy-out', NDLR) et de cessions au troisième trimestre est en baisse d’environ 40 % par rapport au deuxième trimestre », constate Paul Gerber, responsable du private equity au département de transactions chez Ernst & Young, tout en soulignant que « le troisième trimestre est une période traditionnellement calme ». De fait, « aujourd’hui, les sorties sont plus difficiles, certaines opérations de cessions sont suspendues pour des raisons de manque de visibilité et de financement », remarque Gwenaël de Sagazan, associé à la banque d’affaires DC Advisory.

Crise du « leverage »

La crise financière et la morosité sur le plan macroéconomique ont radicalement changé la donne, créant un certain attentisme dans l’univers des fusions-acquisitions qui n’épargne pas les acteurs du LBO. « Il faut une certaine visibilité sur les actifs cédés mais les perspectives 2012 sont encore floues », observe Gilles Michat, managing partner chez ACG Private Equity. « A notre avis, le 'small cap' (entreprises de petites capitalisations, NDLR) restera probablement résilient dans les mois qui viennent », nuance Paul Gerber.

Les sociétés de private equity sont également confrontées à un autre écueil de taille : la frilosité des banques à leur accorder des financements à l’heure où, fragilisées par la crise des dettes souveraines de la zone euro, elles concentrent leurs efforts sur la restauration de leurs fonds propres. « Nous sommes entrés dans une crise du 'leverage' qui a commencé en 2008 et qui a tendance à s’aggraver, note Gwenaël de Sagazan. Les banques vont devoir réduire leur bilan, ce qui signifie moins de 'leverage' et donc moins de crédit. » Une tendance qui nourrit l’inquiétude de la profession. « La principale crainte et le principal risque que nous redoutons, c’est l’assèchement du crédit, ne cache pas Olivier Gindre. Nous en sentons les prémices sur le marché. Depuis six mois, nous commençons à voir des tensions autour de montages financiers réalisés avec encore plus de prudence et, surtout, moins de financement de la dette. »

Consolidation

Ces difficultés sont loin d’être anodines. La rentabilité des fonds d’investissement dépend, en partie, de leur capacité à réaliser des cessions à bon compte des entreprises en portefeuille. Or les difficultés des fonds à réaliser des sorties « induisent une baisse de rendement sur certains portefeuilles, indique Gilles Michat. Sur la période 2003-2006, il était assez facile d’avoir des TRI (taux de rentabilité interne, NDLR) brut de 25 % en moyenne. Entre 2007 et 2011, ce TRI est d’environ 10 %. »

Selon certains observateurs, ces tensions sur le marché pourraient remodeler le paysage du private equity. « Certaines sociétés de gestion vont avoir du mal à lever des fonds car il y a moins d’argent disponible et certaines n’ont pas réalisé de performances suffisantes pour être en mesure de relever des fonds dans un contexte difficile, avance Gwenaël de Sagazan. Cette situation donne lieu à une consolidation du secteur qui est déjà en marche. » Les cessions annoncées d’Axa Private Equity ou de Crédit Agricole Private Equity ne seraient donc que le commencement d’un mouvement beaucoup plus vaste. 

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