Un fléau nommé immobilier

le 31/01/2013 L'AGEFI Hebdo

L’immobilier est-il voué pour l’éternité à jouer le rôle de fossoyeur des banques ? L’histoire financière semble en effet un sempiternel recommencement à ce sujet. Cette faucheuse très efficace affichait déjà un palmarès impressionnant : le scandale des Savings & Loans et du Crédit Lyonnais dans les années 90, ou plus récemment le trépas de nombre d’établissements financiers étrangers, dont Northern Rock et HBoS en Grande-Bretagne, les caisses d’épargne espagnoles mais aussi Countrywide ou Wachovia aux Etats-Unis, pour ne citer que ces exemples. Or la liste paraît assurée de s’allonger : alors que les litiges pleuvent sur les banques depuis cinq ans (lire L’Evénement), le constat s’impose : hormis de très médiatisées fraudes (manipulation de cours dans le cadre du Libor et de l’Euribor, pertes de trading, failles dans les systèmes antiblanchiment…), la majorité des litiges trouvent leur source, directe ou indirecte, dans les crédits immobiliers accordés sans restriction dans les années 2000.

Deux caractéristiques sont toutefois inédites : premièrement, banque de détail et banque de financement et d’investissement semblent faire jeu égal cette fois-ci. Outre-Manche, c’est dans les réseaux que les excès ont été commis ; mais outre-Atlantique, les BFI sont au cœur de l’orage. L’ingénierie financière est en cause, notamment les titrisations adossées à des crédits hypothécaires résidentiels.

La seconde particularité des sinistres actuels réside dans l’ampleur des poursuites. En Grande-Bretagne, l’affaire de l’assurance emprunteur est en passe de mériter le titre de plus grand scandale d'abus de vente de toute l'histoire bancaire britannique et son coût pourrait atteindre les 15 milliards de livres. Tandis qu’aux Etats-Unis, c’est un déluge de contentieux qui s’est abattu sur l’industrie financière. Il impressionne autant par le nombre de parties aux poursuites - agences de régulation diverses, département de la Justice, actionnaires, investisseurs, particuliers… - que par les montants de dommages encourus par les contrevenants. Les chiffres, dépassant 200, voire 300 milliards de dollars donnent le vertige. L’issue pourrait gravement affecter non seulement les financières, mais aussi le financement de l’économie, sans pour autant assurer l’essentiel : que les processus d’octroi des crédits hypothécaires soient réformés.

La France n’est certes pas à l’abri des scandales immobiliers. Les difficultés du CIF ou de Dexia le montrent, tout comme les condamnations qui sanctionnent régulièrement certaines pratiques commerciales fondées sur des produits défectueux. Mais au regard des amendes en question, nulle comparaison possible. Les groupes français devraient peut-être, pour une fois, remercier les régulateurs dont ils sont parfois si prompts à dénoncer les travers. La surveillance stricte de la Banque de France et de l’AMF ont au moins un effet bénéfique : la tornade des litiges immobiliers devrait largement les épargner.

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