Entretien avec... Arnaud Joubert, managing director chez Rothschild

« Les financements s’adaptent globalement mieux »

le 07/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Rothschild a encore conseillé plusieurs financements d’acquisitions ces derniers mois : Labco, APRR, Gerflor, Tereos, Ingenico, Picard... Quelles sont les tendances ?

Il faut bien distinguer les cas. Les très grands corporates peuvent s’appuyer sur de larges syndicats de banques à la fois françaises et internationales pour d’importants crédits - pas forcément très longs mais toujours très peu chers (entre 50 et 100 points de base - pb - au-dessus des taux directeurs) -, et sur un marché obligataire demandeur, même d’émissions hors normes comme les obligations à 100 ou 50 ans (pour GDF Suez ou EDF)... Pour les midcaps, au-dessous de 1 milliard d’euros, les financements sont déjà plus complexes : soit limités aux banques françaises et à des maturités à cinq ans, soit tournés vers un marché obligataire « sub-investment grade » quel que soit le niveau d’endettement de la société, juste pour une question de taille. Certaines entreprises ne souhaitant pas extérioriser de notation se sont tournées vers les obligations convertibles, comme Ingenico, voire les obligations non notées.

Le marché « high yield » n’a-t-il pas atteint ses limites ?

Il s’est quasiment refermé depuis trois semaines, depuis l’opération reportée sur Spotless, essentiellement du fait des incertitudes macroéconomiques liées à la dette grecque mais aussi des importants montants déjà investis sur cette classe d’actifs (près de 40 milliards d’euros en Europe depuis janvier). Au-delà de ces soubresauts, ce marché mûrit en Europe et s’adapte aussi mieux à la demande avec des obligations à taux variable (Grohe ou Kabel BW) ou partiellement remboursables annuellement (Swissport ou Priory).

Quid du marché du LBO (leveraged buy-out) ?

Il y a à nouveau des opérations importantes, comme Spie, Delachaux ou CEP en France, avec également une baisse des marges (autour de 400 pb au lieu de 450) liée à une surliquidité des CLO (collateralized loan obligations). Ces fonds en fin de vie ont été remboursés d’importants capitaux à réinvestir rapidement et préféraient placer les 9 ou 10 milliards d’excédents (actuellement en Europe) que de les rendre à leurs investisseurs. On ne sait pas si les financements high yield seront en mesure de les remplacer au-delà de 2014... Pour les plus petits LBO, avec moins de 300 millions dette, des fonds de mezzanine proposent désormais des financements avec taux d’intérêt unique (unirate) intéressants, comme sur Courtepaille.

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