Entretien avec... Enrique Schroth, maître de conférences en finance à la Cass University (Londres)

« La finance parallèle est absente de ces rapports »

le 18/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Propos

recueillis parStéphanie Salti, à Londres

Comment jugez-vous le degré de compatibilité entre les rapports Liikanen et Vickers ?

Les deux rapports répondent à un objectif commun, qui est celui de minimiser les conséquences d’une faillite bancaire sur le contribuable et d’améliorer les prêts aux entreprises. Le principe général du cloisonnement est maintenu dans les deux cas, même si, chez Liikanen, il s’agit du cloisonnement des activités de trading, tandis que le rapport Vickers met en avant la filialisation des activités de détail avec la nécessité d’un relèvement de fonds propres pour les banques incorporées au Royaume-Uni, à hauteur de 10 % de leurs actifs risqués. En revanche, là où Liikanen définit avec exactitude les différentes activités devant se trouver à l’extérieur de la banque de détail, Vickers se montre beaucoup plus conceptuel. Si la commission parlementaire saisie par le gouvernement n’y voit aucune restriction, les parties filialisées seront sans doute autorisées à couvrir des devises ou encore de simples dérivés sur taux d’intérêt pour les PME, ce à quoi le rapport Liikanen s’oppose fermement. De manière générale, le rapport Vickers est beaucoup plus pragmatique dans la mesure où il laisse aux banques une période de conformité assez longue - la mise en application est attendue début 2019, NDLR - de manière à pouvoir être compatible avec les exigences prudentielles de Bâle III.

Quelles conséquences concrètes la mise en application de ces deux rapports peuvent-elles avoir sur les banques, et en particulier les banques britanniques ?

A l’heure actuelle, il semblerait que le rapport Vickers ait les préférences à la fois de la Communauté européenne et des banques britanniques. Des questions restent cependant en suspens pour ces établissements sur le choix final des recommandations à mettre en pratique.

Selon vous, quels sont les écueils de ces rapports ?

Ils sont au nombre de deux. Complètement absent dans le rapport Vickers, le principe de la mesure des risques est évoqué chez Liikanen sans pour autant en constituer la pièce maîtresse. De même, la finance parallèle ou shadow banking, qui est pourtant à l’origine d’un certain nombre de scandales ces dernières années, est absente de ces rapports. Ces deux problématiques devraient pourtant occuper une place importante dans toute tentative de réforme de la réglementation bancaire.

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