La finance est une industrie

le 19/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Traumatisée par la perte de son AAA, la France se trouve interpellée par les investisseurs comme jamais dans son histoire moderne. La question qui lui est adressée est celle de sa compétitivité, en particulier comparée à l’Allemagne qui la distance depuis l’introduction de l’euro. Or les réactions politiques qui ont suivi la décision de Standard & Poor’s montrent le risque de dérive du débat vers une supposée « omnipotence des marchés » et sur la nécessité de tenir la dragée haute aux agences de notation qui ne seraient, en l’espèce, que leurs fourriers. La politique du coup de menton gagne tous les jours des adeptes. Entre le traitement de fond des maux de l’économie française et la démonisation de la finance, le choix de nombreux candidats à la magistrature suprême est fait depuis belle lurette. Pour l’industrie financière dans son ensemble, les mois qui nous séparent du scrutin sont ceux de toutes les menaces.

Car c’est bien une industrie qui est menacée. On s’étonne d’avoir à rappeler cette évidence qu’établissent les critères les plus classiques caractérisant un secteur économique, qu’il s’agisse de son importance dans le PIB national, l’emploi qualifié qu’il génère, ses budgets d’investissement, sans parler bien entendu de son influence décisive sur d’autres secteurs de l’économie non moins importants et dont il est le premier acteur, comme l’immobilier ou les services de haute technologie pour ne citer qu’eux. Or le devenir de cette industrie n’a pas l’air de préoccuper grand monde, y compris - phénomène nouveau - jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. L’imminence de la création en France d’une taxe sur les transactions financières (lire L’Evénement page 8), alors que toute l’Europe appelle Paris à la patience, montre à quel point la gangrène démagogique gagne jusqu’aux premiers responsables publics. Quant à ceux qui ne sont pas encore infectés, ils font preuve d’une discrétion qui force l’admiration, comme si rappeler des faits de simple bon sens était prendre un risque inconsidéré. Bercy, qui a toujours jusqu’ici veillé à prévenir les cataclysmes menaçant les entreprises françaises, n’a pour l’instant donné aucun signe de vouloir parer ce coup-là. Or nul n’est besoin d’être banquier ni gérant d’actifs pour prévoir que la création d’une telle taxe sur une base nationale conduirait à affaiblir dangereusement des entreprises qui doivent déjà rudement s’escrimer pour gagner sans casse excessive la bataille du désendettement accéléré qui leur est imposée. Le lobby bancaire a raison de le rappeler en toutes occasions, mais il prêche dans le désert comme Saint Jean-Baptiste, sans parvenir comme lui à faire au moins quelques disciples. Il est vrai que les lobbies ont bien des défauts, dont celui de n’avoir pas toujours tort. Le courage serait aujourd’hui pour les décideurs publics de le reconnaître. Mais qui osera ?

A lire aussi