La finance a besoin d’une OMF

le 12/12/2013 L'AGEFI Hebdo

Chassez le naturel… » L’aphorisme vaut aussi pour la finance : le réflexe du chacun pour soi revient aujourd’hui au galop en matière de régulation. La crise de 2008 paraît bien loin. L’état d’esprit qui présidait au G20 de Washington aussi. La locomotive des réformes conçue à l’époque perd de sa puissance, leur rythme ralentit, les réticences nationales ou professionnelles ne demandent qu’à se muer en résistances que seule une nouvelle impulsion politique serait capable de surmonter.

Or si la volonté régulatrice est encore à l’œuvre partout, on ne sent la volonté conciliatrice des Etats nulle part. Ce n’est pas un déclin de la première qui explique le risque d’enlisement perceptible (lire le Dossier, pages 24 à 29). En cinq ans, le chemin parcouru est considérable. Tous les grands chantiers listés fin 2008 ont été ouverts et plusieurs ont déjà abouti, en matière fiscale, d’organisation des marchés, de normes prudentielles ou de rémunérations.Mais à mesure qu’ils entrent dans les faits, les réformes en cours soulèvent de nouvelles difficultés, imprévues souvent, dangereuses toujours, qui alourdissent les processus, éloignent les décisions, érodent les énergies. Les menaces résultent souvent des incohérences mêmes de la régulation, comme quand le besoin de prudence entre en conflit avec la nécessité de la prise de risque ; d’autres sont plutôt de nature technique, auxquelles les professionnels exigent légitimement des réponses que les régulateurs sont bien en peine de leur apporter par la complexité même des sujets et des mécanismes en jeu ; d’autres enfin sont de nature politique, comme en matière comptable, car aucune grande région ne perd de vue que derrière le sort de son industrie financière, c’est celui de l’ensemble de son économie qui se joue. Le level playing field, sur lequel l’équité des conditions de concurrence serait assurée, menace de n’être plus qu’une Utopie, ce pays merveilleux où l’on n’arrive jamais.

La finance n’a pas besoin que de nouvelles règles, elle a besoin d’une nouvelle gouvernance. Pour résoudre les innombrables difficultés de coexistence que les démarches nationales ou régionales de régulation font naître immanquablement et légitimement dans un univers aussi complexe, interconnecté et mouvant, ni le G20, organe politique suprême, ni le Conseil de stabilité financière, cœur de l’impulsion régulatrice, ni aucune autre institution ne sont adaptés. Il est temps de songer à une Organisation mondiale de la finance, dont le rôle serait semblable à celui de l’OMC dans l’ordre des échanges internationaux, voué au règlement des conflits transnationaux, voire extraterritoriaux. Créer et faire vivre cette entité nouvelle serait un grand chantier de plus mais le bilan de sa grande sœur genevoise plaide pour qu’il soit ouvert sans retard. L’accord commercial tout récent de Bali montre que quand il s’agit de multilatéralisme, viser haut, c’est viser juste. 

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