Feu le marché interbancaire

le 22/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Quiconque aurait quitté l’Europe il y a quelques mois aurait bien du mal à la reconnaître. Par la baguette magique de Mario Draghi, la tension extrême qui affligeait les banques européennes et désolait les esprits a pratiquement disparu. La LTRO, cette facilité de financement à trois ans si généreusement ouverte à deux reprises, a profondément changé non seulement la scène financière mais l’humeur même des décideurs économiques européens. A l’exception des exclus grecs, portugais et irlandais, les Trésors publics des pays périphériques ont pu séduire des investisseurs naguère sur le point de les boycotter ; après quoi les banques ont profité du nouvel air du temps pour reprendre les émissions sécurisées puis pour se risquer, de plus en plus franchement et sur des maturités variées, sur le marché de la dette senior non sécurisée. Les entreprises ont aussi vu les conditions d’accès aux investisseurs spectaculairement s’améliorer tandis que les marchés d’actions, sinistrés à la fin de 2011, ont retrouvé depuis trois mois un tonus qui a déjà permis la reprise d’opérations en Bourse en attendant celle des introductions.

Parallèlement, les banques ont profité de cette accalmie inespérée pour accélérer l’assainissement de leurs bilans. Assurées de leurs financements pour l’année en cours au moins, elles ont entrepris, grâce aux nouvelles conditions de marché, une gestion active de leurs actifs comme de leurs passifs pour réduire au maximum leurs besoins. Les résultats sont souvent spectaculaires. Ce faisant, elles facilitent les conditions de sortie de la LTRO auxquelles songent déjà les banquiers centraux et que redoutent les économistes.

De fait, leur crainte d’une normalisation difficile paraît largement fondée. Car le scénario vertueux qui s’est mis en place à l’initiative de la BCE menace de s’enrayer, non seulement du fait du risque de distorsion que celle-ci nourrit entre les marchés de la dette bancaire sécurisée et non sécurisée, mais encore du fait du changement de nature, profond et durable, de la liquidité résultant de la disparition du marché interbancaire. Or peut-on espérer une guérison du système, et donc une sortie sans risque de la LTRO, sans le retour d’un marché interbancaire efficient ? Que les régulateurs aient défini leurs ratios en partant du constat que toute velléité de retour au « statu quo ante » en la matière était illusoire et qu’il convenait donc de lui substituer un marché étroitement administré pour des raisons de sécurité systémique est compréhensible. Mais ils pourraient contribuer à sa renaissance en acceptant d’assouplir certains critères de définition de leurs ratios, notamment par une diversification des actifs éligibles en garantie en cas de stress majeur sur les marchés. Les banquiers le souhaitent, les politiques européens y réfléchissent. Une clarification rapide sur ce sujet crucial serait particulièrement bienvenue.

A lire aussi