Dossier Financement de l'innovation

Les FCPI face à la difficile équation du risque

le 14/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Le raccourcissement à seize mois de la durée d’investissement peut rendre la prise de décision des gérants plus hasardeuse.

Pour le gérant de FCPI (fonds commun de placement dans l’innovation, NDLR), la voie est étroite, entre l'investisseur, qui entend bien récupérer son investissement au bout de cinq ans, sans risques et avec l'avantage fiscal, et l'Etat qui veut favoriser le financement des entreprises innovantes, donc à risques. » Antoine Colboc, responsable de l’activité capital-risque de Crédit Agricole Private Equity, résume ainsi l’équation du risque à laquelle la profession doit faire face.

Les délais plus courts d'investissement imposés à la profession (lire l'encadré) ajoutent à la difficulté. « Cette décision visait à s'assurer que l'argent allait continuer à soutenir les PME durant la crise, quand les entreprises en avaient le plus besoin, explique Laurent Foata, responsable des fonds d'innovation et de croissance chez Axa Private Equity. Il s'agit d'une mesure exceptionnelle, elle n'est pas dans la normalité de l'industrie du 'private equity' qui a généralement une période d'investissement de quatre à cinq ans. »

Vers des sociétés plus mûres

Les gérants de FCPI se sentent pénalisés par le raccourcissement de la durée d’investissement. « Avoir plus de temps, c’est avoir plus de choix et pouvoir au préalable bien faire connaissance avec les managers de la société au capital de laquelle on souhaite entrer, relève Jean-Patrick Demonsang, directeur général de Seventure Partners. D’autant qu'il arrive que nous investissions jusqu'à un tiers du capital d‘une même entreprise, ce qui représente un engagement important. En fait, il faut bien deux ans et demi pour constituer un portefeuille. A cause de cette contrainte, nous avons réduit les levées de fonds, afin de continuer à traiter dans de bonnes conditions les différents dossiers dans lesquels on investit. Au bout du compte, il y a moins de financements de l’innovation, alors que le raccourcissement des délais visait le contraire. »

Ayant moins de temps pour examiner les dossiers, « les gérants cherchent souvent à compenser cette sélectivité en investissant dans des sociétés plus mûres », reconnaît Antoine Colboc. Les gérants de FCPI préfèrent les entreprises qui ont commencé à faire leurs preuves. « Nous investissons tôt dans le cycle de développement, mais nous préférons des entreprises qui ont une certaine pérennité, c’est-à-dire dont le modèle de développement et les produits sont déjà validés par le marché, avec de réelles perspectives de croissance de chiffre d’affaires, voire une rentabilité prévisible à court terme », expose Fabrice Imbault, directeur associé en charge du développement chez A Plus Finance. Chez Idinvest Partners, anciennement AGF Private Equity, les FCPI « comprennent en moyenne 80 % d’entreprises hors amorçage et 20 % en amorçage », note Benoîst Grossmann, membre du directoire de la société.

Les obligations convertibles prisées

Mais la réduction du délai d’investissement n’est pas la seule explication à la préférence accordée aux sociétés mûres. « Il est indispensable d'investir à tous les stades du parcours des entreprises d'innovation, rappelle Laurent Foata. Et l’un des enjeux pour ces dernières est de trouver des investisseurs pour prendre le relais sur la dernière étape. Pour le moment, la Bourse (notamment Alternext) ne tient pas toutes ses promesses pour se refinancer. Nous avons une vraie demande des PME, et les FCPI sont aujourd'hui les plus gros participants aux opérations lancées sur Alternext. De plus, il est logique que les gérants de FCPI préfèrent concentrer une partie de leurs efforts sur les sociétés sur lesquelles ils ont déjà parié, en participant au refinancement de leur portefeuille. » Enfin, les sociétés plus mûres permettent d’envisager la mise en place d’un instrument de financement que les gérants affectionnent particulièrement, les obligations convertibles (OC). « Cet outil répond à la fois aux besoins des entreprises - avec la crise, les banques prêtent moins facilement - et des investisseurs - une OC offre plus de visibilité sur le rendement et un profil de risque différent », résume Fabrice Imbault. Les gérants de FCPI ne peuvent se permettre de négliger aucun moyen visant à réduire le risque car il en va du succès de leur industrie. Les investisseurs sont de plus en plus conscients que le risque de ces produits peut largement effacer leur avantage fiscal.

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