Face au mammouth

le 05/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Contrairement aux prévisions des oiseaux de mauvais augure, les marchés de taux ont jusqu’ici fait crédit, au sens propre, à François Hollande quant à sa capacité à infléchir favorablement le destin économique et financier français. Non sans une certaine préscience pour l’instant, puisque le chef de l’Etat peut déjà se targuer d’un beau succès à Bruxelles en ayant créé les conditions d’un accord prometteur pour la zone euro. Il est clair que ses grandes lignes doivent encore être complétées aussi vite que possible par une foule de détails d’importance et l’on sait que la lourde machine européenne n’excelle pas dans ce genre d’exercice (lire L’Evénement page 10). Les turbulences sur les marchés ne manqueront pas de reprendre si le processus retombe dans ses lenteurs accoutumées. Il importe aussi de mesurer dans la durée si le spectaculaire changement de tactique français, qui a consisté à troquer l’alignement sur l’Allemagne contre une alliance avec Madrid et Rome pour faire pression sur la chancelière, n’aura pas contribué à éroder la confiance franco-allemande qui demeure capitale pour le progrès de l’Union. Reste qu’une haie a été franchie sur le parcours qui conduit la zone euro à la rémission. Ce n’est ni la dernière ni la plus haute.

S’en présente une autre dès cette semaine, autrement redoutable : le gouvernement de Jean-Marc Ayrault entame son chemin de croix budgétaire par un collectif destiné à ramener le déficit à l’objectif de 4,5 % fin 2012, qui sera suivi par le grand rendez-vous de la loi de Finances à l’automne pour l’abaisser à 3 % l’an prochain. Or ses premiers pas n’ont rien de rassurant : tout à sa volonté de donner suite à ses engagements électoraux, le nouveau pouvoir a annoncé une avalanche de prélèvements fiscaux supplémentaires, touchant les entreprises comme les particuliers, qui contribueront à alourdir encore les prélèvements obligatoires en France et ne feront rien pour soutenir la sacro-sainte croissance. Chacun sait bien que c’est sur la dépense publique, qui pèse 56 % du PIB, un record en la matière, que doit peser l’effort. La Cour des comptes vient de le rappeler avec force, citant le chiffre de 33 milliards de réduction du déficit structurel en cas de croissance de 1 %. Demander davantage à l’impôt serait rendre chimérique ce niveau d’activité déjà modeste. C’est sur les structures lourdes de l’Etat, ses effectifs - que François Hollande n’entend pour l’instant que stabiliser - et surtout son organisation territoriale qu’il faut agir. Or on vient de promettre aux agents publics, qui constituent le socle électoral du nouveau pouvoir, une nouvelle étape de décentralisation qui paraît peu compatible avec la vertu budgétaire.

François Hollande a déjà montré qu’il était habile. A lui de montrer qu’il est courageux en s'attaquant au mammouth qui l’a élu. C’est aussi là que les marchés l’attendent.

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