Face à l’inconnue Citics, CA CIB mise sur les financements

le 24/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Toujours en négociations avec le courtier chinois, la filiale de Crédit Agricole SA vise une croissance sélective grâce à sa franchise de prêts.

Trois mois et demi après son installation, le nouvel état-major de Crédit Agricole Corporate and Investment Bank (CA CIB) poursuit sa reprise en main. Le 1

eravril, Guy Laffineur laisse les rênes du fixed income (produits de taux, change et matières premières) à Thomas Gadenne, jusqu’à présent directeur financier de la banque de financement et d’investissement (BFI) de Crédit Agricole SA (CASA). Ce dernier est rattaché à Jean-Yves Hocher, « patron » de CA CIB et directeur général délégué (DGD) de CASA. Pierre Cambefort, l’un des deux DGD de la BFI, ajoute le courtage et les dérivés actions à son périmètre actuel qui inclut la couverture des clients et la banque d’investissement, deux activités désormais gérées au quotidien par Olivier Toussaint (ex-CA Leasing & Factoring). Ce remaniement ne laisse pas de place à un DGD pour l’ensemble des activités de marché. Ni d’indication sur le porteur de ce qui aurait été sa mission : « suivre de très près la mise en œuvre opérationnelle » du rapprochement avec Citic Securities, selon les mots de Jean-Yves Hocher (L’Agefi Hebdo du 16 décembre 2010).

Alors que « les discussions continuent » avec le deuxième courtier chinois, le marché s’interroge sur leurs chances d’aboutir avant la date butoir du 30 juin. Le 17 mars, lors de la présentation de son plan 2014, CASA s’est contenté de rappeler le champ des négociations : CA CIB deviendrait actionnaire d’un ensemble comprenant une banque d’investissement panasiatique et une plate-forme mondiale de courtage actions incluant CLSA en Asie et CA Cheuvreux en Europe.

La BFI a ainsi dévoilé des objectifs qui seront révisés à l’issue des pourparlers, puisque présentés à périmètre constant. Pour l’heure, la banque vise une « croissance mesurée ». Elle continuera à contribuer aux revenus de CASA à hauteur de 28 %. En excluant le portefeuille d’actifs gérés en extinction, au moins 26 % des fonds propres de CASA lui seront alloués en 2014, comme en 2010, mais après impact des directives CRD 3 et 4 plus exigeantes pour les activités de marché.

La nouvelle stratégie donne une place centrale à la « banque de financement de proximité (en France et en Europe proche, NDLR) avec des expertises sectorielles affirmées à l’échelle mondiale », sur laquelle sera « alignée » la banque d’investissement et de marché. CA CIB veut optimiser son fonds de commerce de grandes entreprises non financières. Elle a identifié 700 clients prioritaires, pour moitié en France et en Europe. Ces corporates lui ont, pour la plupart, assuré au moins un million d’euros de revenus l’an dernier. Ils bénéficieront du redéploiement des encours pondérés de CA CIB (qui resteront quasi stables hors effets réglementaires sur les activités pérennes) via les financements structurés, où la banque vise le Top 5 mondial dans les ressources naturelles, les infrastructures, l’énergie ou encore les transports. Elle revendique déjà la sixième place dans les financements de projets et la première en aéronautique.

Paradoxe

Ce métier aux marges confortables, dont le « résultat brut d’exploitation a été multiplié par trois entre 2008 et 2010 » selon Pierre Cambefort, servira de levier pour les ventes croisées. Celles-ci devront augmenter de 30 % à 50 % d’ici à quatre ans en mettant l’accent sur quinze produits, de la gestion de trésorerie aux marchés de capitaux en passant par la couverture de change. Chaque grand compte devra être équipé d’au moins six services contre 5,2 en moyenne aujourd’hui. « Nous constatons que la progression du PNB sur ces clients entre 2008 et 2010 a été de 50 %, plus du double de la progression sur des clients moins bien équipés », a déclaré Pierre Cambefort.

Pour autant, la contribution relative de la banque commerciale et de financement au produit net bancaire (PNB) de CA CIB devrait diminuer au profit de la banque de marchés et d’investissement. Selon nos calculs, celle-ci devrait représenter 54 % à 58 % des revenus de CA CIB en 2014 contre 52 % en 2010, grâce à une hausse de 30 % à 40 % du PNB du fixed income et de 20 % à 30 % des métiers actions. Cela passe par des investissements ciblés, telle l’augmentation de 15 % des effectifs de front-office du fixed income pour améliorer la distribution des produits, notamment auprès de 450 gros investisseurs. Ces institutions financières (banques, assureurs, gérants d’actifs, etc.) devront peser 35 % du PNB commercial en 2014, contre 30 % aujourd’hui. En parallèle, CA CIB prévoit 150 à 200 millions d’euros d’économies annuelles via un plan d’efficacité opérationnelle et son retrait d’une dizaine de pays sur la cinquantaine où elle est présente. 

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