Expédients européens

le 25/08/2011 L'AGEFI Hebdo

Quatre ans après le déclenchement de la phase ouverte de la crise financière, on aimerait discerner en cette rentrée des signaux clairs de sortie du tunnel. Mais après ces nouvelles semaines terribles sur les marchés, le temps n’est toujours pas venu de chausser les lunettes roses. Mieux vaut plutôt suivre, une fois de plus, le sage conseil de Gramsci de s’en remettre à l’« optimisme de la volonté ». Car pour ce qui est du « pessimisme de l’intelligence », il a de quoi se nourrir avec les perspectives de croissance en berne et d’austérité budgétaire qui sont l’horizon de tous les pays développés. Le pire est que le fossé béant entre investisseurs et politiques, particulièrement en Europe, ne se comble pas, bien au contraire.

Voilà déjà 18 mois que les responsables de l’Union se contentent non pas d’agir, mais de réagir trop tard et trop peu aux pressions des marchés, tout en maintenant la fiction que la décision politique aura le dernier mot. Angela Merkel ne manque pas une occasion de ressasser cette fable. C’est toujours à un coup de l’« échec et mat » que les Européens bougent, et loin de savoir gré à ces vigies efficaces que sont les investisseurs, ils les désignent volontiers à la vindicte publique, préférant flatter l’opinion que l’éclairer. Le résultat est que, de crise en crise, faute d’un Fonds européen de stabilisation financière (FESF) en ordre de marche, la BCE a dû s’affranchir de son mandat pour éviter un krach obligataire tragique sur la seule foi d’un engagement de Silvio Berlusconi, dont la réputation de sérieux n’est plus à faire, de revenir à l’équilibre budgétaire dès 2013. Or cet expédient divise entre eux les banquiers centraux européens et suppose que les politiques fassent diligence de leur côté pour donner corps à leurs engagements.

Or que voit-on ? Les Parlements nationaux n’ont pour la plupart pas jugé bon de modifier leurs vacances, renvoyant la validation du FESF à octobre au mieux. Quant à la solidarité européenne, la Finlande a piteusement montré dans l’affaire grecque le cas qu’elle en fait en s’assurant des garanties particulières qui font saliver certains de ses partenaires. Voilà de quoi relativiser largement la portée des décisions franco-allemandes du mois d’août sur l’amélioration de la gouvernance européenne. La vérité est que l’Europe vit sous la menace d’une nouvelle bourrasque, dont l’attaque récente contre les banques françaises n’est qu’un des avatars.

S’il faut conserver - tout de même ! -, une raison d’espérer, c’est dans les sondages qu’on la trouve, qui montrent que l’adhésion publique à l’euro n'est remise en cause dans aucun de ses pays membres. Un signe que l'opinion est plus mûre que ses dirigeants le pensent, et saura, dans les nombreux scrutins qui s’annoncent, se détourner des joueurs de flûte de l’abandon. Le point est capital, mais on ne pourra pas dire que ses dirigeants auront beaucoup fait pour l’y encourager.

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