Eurazeo doit se donner les moyens de devenir un acteur majeur en Europe

le 12/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Si l’épisode Europcar a affaibli sa trésorerie, la société d’investissement maintient son objectif de porter son actif net réévalué à 100 euros par action en 2015.

Eurazeo peut enfin tirer un trait sur l’épineux dossier Europcar. Début juillet, le loueur de véhicules, dont la société d’investissement française détient 85 % du capital, a finalisé son plan de refinancement, mettant ainsi un point final à sa lourde restructuration de dette négociée depuis plusieurs mois. Eurazeo n’a pas été épargné par cet épisode, injectant 110 millions d’euros de fonds propres dans sa filiale au lieu des 90 millions prévus initialement. « C’est l’arbre qui cache la forêt, modère Philippe Audouin, directeur financier d’Eurazeo. Pour Europcar, ce plan global se traduit par des économies de 34 millions d’euros par an sur ses frais financiers L’échéance de la dette ‘corporate’ est repoussée de 2013 à 2017. »

Le plein d’acquisitions en 2011

En venant ainsi à la rescousse d'Europcar, Eurazeo n'a pas amélioré la situation de sa trésorerie. A fin mars, celle-ci ressort à 99 millions d’euros, lorsqu'elle s'établissait à 138 millions d’euros fin 2011 et même à 900 millions d’euros fin 2010. Une situation qui réduit ses marges de manœuvre pour investir. « Quand une belle occasion se présente, nous pouvons utiliser notre ligne de crédit syndiqué de 1 milliard d’euros, même si elle n’a pas vocation à être tirée en permanence », nuance Philippe Audouin. Une facilité dont l’échéance a été portée à juillet 2016.

L’érosion de sa trésorerie porte surtout les stigmates d’un exercice 2011 au cours duquel Eurazeo a fait le plein d’acquisitions. Outre 3S Photonics et le fabricant italien de doudounes de luxe Moncler, le groupe a mis la main sur Foncia et sur OFI Private Equity, venu renforcer sa filiale Eurazeo PME. « Nous voulions investir dans les PME et nous recherchions une équipe de spécialistes partageant une approche similaire à la nôtre en termes d’investissements, explique Philippe Audouin. Nous pensons que les PME vont changer de main. C’est un domaine très intéressant. »

Eurazeo a en revanche peu vendu, avec seulement deux cessions en 2011 : Ipsos et le gérant d’actifs DNCA - pour de faibles plus-values de cessions. La société d’investissement pourrait donc être tentée d’accélérer le rythme afin de renflouer ses caisses. Elle ne cache d'ailleurs pas étudier une éventuelle sortie du capital de la foncière ANF Immobilier. « Nous avons reçu des offres et donné un mandat à Lazard. Toutes les options sont aujourd’hui sur la table, précise Philippe Audouin. Il y a encore du travail à faire avec cette société qui a du potentiel. »

Ambitions européennes

Eurazeo a pourtant bien besoin d’argent pour satisfaire son ambition: porter son actif net réévalué (ANR) - indicateur mesurant la valeur de l’ensemble des participations - à 100 euros par action à horizon 2015, contre 51,3 euros fin 2011. Or pour y parvenir, la société doit nécessairement réaliser de nouvelles acquisitions. « Nous avons regardé un certain nombre de dossiers et nous en creusons deux ou trois », confie Philippe Audouin. Si la France reste son terrain de jeu privilégié, le groupe souhaite étendre son influence afin de s’imposer comme « un acteur majeur de l’investissement en Europe ». Pas question pour autant d’investir tous azimuts. « Nous ciblons soit des investissements dits ‘de croissance’ du fait de leur métier ou de leur exposition aux pays émergents, soit des investissements dits ‘résilients’, c’est-à-dire concernant des métiers non délocalisables », explique Philippe Audouin.

De même, la sagesse sera toujours de mise, Eurazeo refusant de porter de la dette au niveau de la holding. « Nous avons toujours appliqué une réelle prudence dans notre gestion financière, indique Philippe Audouin. Cela a toujours été notre stratégie et nous permet d’accompagner nos entreprises dans la durée. » Un rôle qu’Eurazeo ne prend pas à la légère, ne ménageant pas ses efforts pour soutenir la croissance de ses sociétés. « Depuis 2010, nos sociétés en portefeuille ont réalisé 34 acquisitions », souligne-t-il. Une démarche qui porte ses fruits pour la holding. En 2011, la contribution nette des compagnies en portefeuille a été multipliée par 4, à 89,6 millions d’euros, alors qu’elle était négative de 59,2 millions en 2009. « Et ce chiffre devrait encore progresser en 2012 », conclut Philippe Audouin.

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