Rencontre avec... Eric Brard, responsable de la gestion taux d’Amundi

« Un Etat doit avoir une stratégie clairement affirmée d’entretien d’une courbe des taux »

le 31/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Intervenez-vous fréquemment sur le marché primaire ?

C’est une source d’approvisionnement importante pour nos portefeuilles obligataires. Nous intervenons beaucoup sur le primaire, à l’occasion d’adjudications, mais aussi de syndications, qui sont devenues plus fréquentes.

Qu’attendez-vous d’un émetteur souverain pour rendre sa dette attractive ?

Un Etat doit avoir une stratégie clairement affirmée d’entretien d’une courbe des taux sur sa dette avec des adjudications. Il doit aussi veiller à ce que sa courbe soit suffisamment pourvue, que des papiers couvrent toutes les maturités. En outre, il doit savoir entretenir la liquidité de ses titres, par exemple en procédant à de nouvelles émissions sur des souches existantes pour accroître les volumes sur chaque maturité. Il doit ainsi répondre aux besoins particuliers des investisseurs qui interviennent sur des maturités différentes, du fait de leurs anticipations de marchés ou de la structure de leur passif (les institutionnels adossent la durée de leur passif à celle d’obligations souveraines qui constituent une bonne partie de leur actif). Tout cela permet in fine à l’émetteur d’optimiser son coût d’accès au marché.

Avez-vous plus d’exigences vis-à-vis des émetteurs souverains qu’auparavant ?

Nous gérons des portefeuilles pour compte de tiers, dans le cadre de mandats, avec des objectifs de performance et des limites de risques prédéfinies. Or les obligations souveraines n’ont jamais été sans risque. Nous avons effectivement des exigences fortes vis-à-vis des émetteurs en termes de transparence, d’informations sur leur politique fiscale, leur politique budgétaire. A une analyse quantitative, qui se fonde sur des outils (volatilité, Value-at-Risk…), nous ajoutons la recherche qualitative de nos analystes, qui évalue le risque de crédit d’un émetteur. Si les émetteurs souverains peuvent lever de l’impôt pour se financer, contrairement aux émetteurs privés, cela a ses limites. Certains Etats peuvent s’appuyer sur une épargne domestique importante, d’autres ont besoin d’avoir recours à une demande externe. Donc si le profil de risque de l’un d’entre eux se dégrade, qu’il n’est plus en accord avec notre mandat, nous devons arbitrer en faveur d’autres actifs. C’est un processus permanent.

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