Les équipes informatiques au service des salles de marché

le 20/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Certaines grandes banques font travailler leurs équipes internes en mode projet pour mieux répondre aux exigences de ces activités à hauts risques.

Les systèmes d’information (SI) des salles de marché n’ont jamais constitué sujet aussi sensible qu’aujourd’hui. Confrontées à un environnement très volatil et à des obligations réglementaires croissantes, les banques d’investissement demandent pour cette activité à leurs équipes SI des solutions de plus en plus complexes, tout en exigeant une réactivité maximale.

Ces équipes sont généralement réparties en trois groupes. Le support applicatif vient en aide aux opérationnels (traders, commerciaux, gestionnaires du risque, back-office…) en cas de problème ou de méconnaissance des systèmes. Les services d’infrastructures gèrent le hardware : serveurs, postes de travail, réseaux… Enfin, les équipes de développement font corriger et évoluer les applications en fonction des besoins exprimés par les opérationnels.

Sur cette dernière partie, les projets sont plus ou moins lourds en fonction de la maturité du système et de la nature des besoins. Ainsi, chez Crédit Agricole CIB, « on distingue trois grands types d’intervention, explique Chaker Zammouri, responsable mondial de l’IT Fixed Income Markets (qui recouvre les activités de marché de taux, de crédit, de change, de matières premières et de trésorerie). Les missions de type ‘commando’ consistent à mettre en place, en quelques jours ou quelques semaines, des solutions pragmatiques et rapides. Les solutions spécifiques visent, en faisant évoluer le système d’information, à apporter une réponse à une problématique donnée. Enfin, les changements majeurs, organisés en projets structurants, sont gérés en mode ‘industriel’, avec une gouvernance adaptée et dans des délais plus longs. »

Comment s’assurer que les solutions mises en place répondent au mieux aux attentes des utilisateurs ? Inventée il y a dix ans, la démarche « agile » a acquis les faveurs des grandes banques. Cette méthode vise, pour chaque projet SI, à mettre en place des équipes orientées produits plutôt que travaillant en silos. L’utilisateur se trouve placé au cœur du développement, et interagit avec les informaticiens et les architectes. Les besoins sont ajustés de manière itérative. « Notre objectif est de réaliser, d’ici à 2013, 40 % de nos projets en démarche ‘agile’, indique Carlos Goncalves, responsable mondial des systèmes d’information chez Société Générale CIB. Nous faisons évoluer nos outils en conséquence. Nous pensons être légèrement en avance sur nos concurrents dans l’industrialisation de cette démarche, et nous observons un degré élevé d’acceptation de la part des utilisateurs. » La méthode permet de repérer plus rapidement si l’on a pris une mauvaise direction : en faisant réagir l’utilisateur sur des livrables intermédiaires, l’équipe projet l’amène à clarifier son besoin, et peut s’adapter rapidement s’il change d’orientation. « Nous appliquons cette démarche à chaque fois que cela est possible, renchérit Chaker Zammouri chez Crédit Agricole CIB. Mais cela demande, de la part des utilisateurs, un ‘sponsorship’ fort et une grande disponibilité. » Toujours dans un souci de se rapprocher des clients internes, Société Générale a mis en place des client relationship managers (CRM), en charge de gérer la production et de vérifier que les besoins métiers sont bien traités.

Une puissance de calcul accrue

Autre tendance, la sollicitation toujours plus forte des capacités de calcul. Société Générale, par exemple, possède pas moins de 55.000 grilles de calcul, dans deux datacenters localisés chez Bull et HP, pour réaliser l’ensemble des traitements. « Outre les besoins métiers, l’accroissement des demandes liées à la réglementation et aux risques a conduit à étoffer les ‘reportings’ et à les réaliser sur une base plus fréquente, confie Carlos Goncalves. C’est pourquoi notre puissance de calcul a augmenté d’environ 25 % en 2010 et 50 % en 2011. » Même son de cloche chez Crédit Agricole : « Les activités de marché, et notamment les dérivés, sont fortement consommatrices de puissance de calcul, expose Chaker Zammouri. La complexité croissante des modèles d’évaluation des portefeuilles et de gestion des risques engendre un besoin accru en infrastructures informatiques. » Afin d’optimiser l’utilisation des capacités disponibles et de réduire les délais d’exécution, les banques font appel au grid computing et à des techniques de distribution des calculs. « Les consommations de temps de calcul sont régulièrement mesurées afin de gérer dynamiquement l’allocation de ressources », souligne Chaker Zammouri. Crédit Agricole utilise ainsi l’application DataSynapse pour répartir les calculs au sein de son parc de machines.

Fiabilité et réactivité

Pour assurer un service de qualité aux opérationnels, les équipes SI doivent être capables de mettre en place des solutions flexibles et fiables dans des délais serrés. « Nos équipes doivent être réactives, et bien comprendre les métiers, les produits, les modes de fonctionnement de leurs clients internes », insiste Chaker Zammouri. Chez Société Générale, on met aussi en avant l’innovation et la créativité. « C’est ce qui motive nos ingénieurs et nos informaticiens », confie Carlos Goncalves. La banque a reçu le prix « Innovation de l’année » (Digital FX Awards) dans le magazine Profit & Loss pour sa plate-forme Alpha FX, qui offre aux clients un accès direct aux prix des produits de changes.

Le bon suivi des projets constitue un autre facteur de succès pour la direction des services informatiques. « Un bilan est réalisé à la fin de chaque projet, témoigne Carlos Goncalves. Il s’agit de mettre en place une base de connaissances, pour ne pas répéter les erreurs et gagner en efficacité. » Outre l’utilisation de méthodologies de gestion de projet, les banques exploitent des solutions informatiques développées en interne ou achetées sur le marché. Par exemple, Crédit Agricole fait appel à MS Project pour suivre la planification des projets, tandis que Société Générale utilise HP-PPM pour gérer son portefeuille de projets informatiques. Quant à la satisfaction des clients internes, elle est mesurée lors des revues de projet, d’un point de vue qualitatif mais également grâce à des batteries d’indicateurs : sur les coûts, les délais, et la qualité (disponibilité, fréquences des incidents, besoins en support applicatif, etc.). Chez Société Générale, les applications critiques sont passées en revue avec le logiciel Cast, qui fournit des mesures de performance. « Une note est attribuée à chaque application et, si besoin, un plan est mis en place pour remédier aux insuffisances », précise Carlos Goncalves.

Enfin, des équipes « transverses » veillent à assurer la cohérence d’ensemble des projets et des systèmes. Elles favorisent l’application de normes communes et vérifient la pertinence des choix d’architecture proposés par les équipes métiers, d’un point de vue fonctionnel et applicatif, avec une vision à trois ou quatre ans.

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