Dossier Marché obligataire

Les entreprises européennes tentées par les émissions en dollars

le 15/03/2012 L'AGEFI Hebdo

En émettant dans cette devise, elles accèdent à un marché obligataire plus profond qu’en zone euro et à des maturités plus longues.

A l’heure où les entreprises européennes se tournent à nouveau vers le marché obligataire, nombre d’entre elles ont opté pour des émissions en billets verts. « Depuis 2009, les émissions en dollars de sociétés non américaines sont en constante augmentation, note Eric Pictet, directeur du bureau de Paris de Muzinich & Co. Depuis le début de l'année, il y a eu plus de 12 milliards de dollars d’émissions, dont plus de 8 milliards pour le compte de sociétés européennes. »

Cet attrait tient à des raisons qui vont au-delà des besoins naturels des grands groupes internationaux, comme le financement d’investissements ou d’acquisitions outre-Atlantique. L’une des principales relève d’un souci de diversification. En effet, « le recours croissant aux financements obligataires depuis le déclenchement de la crise tend à augmenter le rythme des émissions pour un certain nombre d’émetteurs, explique Félix Orsini, coresponsable mondial de l’origination corporate chez Société Générale. Pour ne pas risquer de lasser les investisseurs européens, les gros émetteurs sont amenés à aller taper à la porte d’autres marchés obligataires et notamment américain. » D’autant que ce dernier présente plusieurs avantages. « Il a quatre fois plus de profondeur que le marché européen, poursuit Félix Orsini. Par ailleurs, il est plus aisé d’émettre de la dette long terme en dollars qu’en euros où la maturité maximale excède rarement les 10 ans. » Un argument confirmé par Jean-Michel Thibaud, directeur financement et trésorerie de France Télécom - qui a levé début janvier 900 millions de dollars à 30 ans : « La majeure partie de cette émission a été 'swappée' en euros à un taux de 4,88 %, ce qui représente un prix de la dette en euros très attractif pour ce type de maturités longues. D’ailleurs, les émissions à 30 ans en euros ne sont même pas cotées par nos banques actuellement. En outre, si nous avions voulu lever de la dette euro au même prix que l’opération que nous avons réalisée aux Etats-Unis, nous n’aurions pu espérer qu’une maturité de 15 ans. »

Diversification

Les années de crise ont montré à quel point les marchés financiers pouvaient se refermer brutalement, surtout en Europe, poussant ainsi les émetteurs à rallonger la maturité moyenne de leur dette. Chez France Télécom, 50 % seulement des émissions réalisées sur les deux à trois dernières années étaient libellées en euros, ce qui a permis de porter la maturité moyenne de la dette à 9 ans à fin 2011 (contre 7,5 fin 2008). Les émissions en dollars sont d’ailleurs plus facile à refinancer car « contrairement au marché européen qui tend à se refermer régulièrement pour des raisons soit de saisonnalité, soit de volatilité, l’obligataire américain est pratiquement toujours ouvert et plus résilient », souligne Félix Orsini. Ces émissions ont d’autant plus de succès qu’elles répondent aussi chez les investisseurs à « un souci de diversification par rapport aux émetteurs classiques du marché américain », relève Brigitte Le Bris, directeur des taux internationaux et devises de Natixis AM. Ainsi par exemple, au lieu d’être limité à ATT ou Verizon dans le secteur des opérateurs télécoms, un investisseur américain aura le choix entre France Télécom, Deutsche Telekom, Telefonica ou Vodafone (qui ont tous procédé à des émissions en dollars en 2011). C’est enfin le moyen d’opérer une diversification géographique sans prendre de risque de change.

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