Les émissions obligataires restent difficiles pour les PME même cotées

le 06/06/2013 L'AGEFI Hebdo

L’intermédiaire Arkeon Finance propose aux investisseurs qualifiés deux émissions d’Egide et Quantel, faute d’avoir obtenu les visas de l’AMF.

Le marché obligataire reste peu adapté aux PME même cotées - Photo : PhB

Alors que la procédure d’IBO (initial bond offering), lancée il y a un an par Euronext, peine à décoller (deux émissions jusqu’à présent et une en projet), d’autres acteurs de la place cherchent des solutions pour permettre aux entreprises de taille moyenne de se financer sur le marché obligataire. Arkeon Finance propose depuis quelques semaines deux émissions d’obligations d’Egide et de Quantel. Initialement prévue pour être bouclée le 27 mai, la période de souscription a été reportée jusqu’au 5 juillet. Les deux sociétés technologiques cotées sur le compartiment C d’Euronext Paris cherchent à lever 4,999 et 4 millions d’euros respectivement. Ces deux titres, proposés ensemble ou séparément par l’intermédiaire, offrent un coupon de 4 % sur 3 ans assorti d’une prime de remboursement de 6 % à l’échéance (soit un rendement actuariel de 5,9 % pour un investissement jusqu’à l’échéance). Les valeurs seront cotées sur le compartiment E1 (placement privé) d’Alternext Paris.

Mandat de conseil

« Ces émissions n’ont pas été visées par l’Autorité des marchés financiers (AMF) qui a considéré qu’elles n’étaient pas adaptées au grand public et qu’il convenait d’en réorienter le placement vers une clientèle d’investisseurs qualifiés plus à même d’en apprécier l’ensemble des composantes », souligne Robert de Vogüé, patron d’Arkeon Finance. Elles sont donc placées dans le cadre d’un mandat de conseil. « Le régulateur a motivé sa position par l’incohérence du couple rendement risque », ajoute, étonné, ce dernier qui pense qu’en réalité, l’AMF ne visera plus des émissions qui ne seraient pas investment grade (minimum « BBB- »). Or les deux émissions proposées sont justement notées « B+ » pour Egide et « BB- » pour Quantel par l’agence allemande Scope Rating.

Ce que réfute le gendarme de la Bourse. « L’obtention du visa n’est en aucun cas liée à la notation », précise Martine Charbonnier, secrétaire général adjoint, en charge des émetteurs à l’AMF. De fait, cela n’a pas empêché la société Réalités, qui souhaite émettre des obligations dans le cadre d’une IBO, d’obtenir le sésame de l’autorité de régulation malgré une note « BB- » (lire page 39). Pour l’AMF, dont la protection des investisseurs individuels est une priorité, ce type de placement obligataire ne doit pas se faire uniquement auprès du grand public. La présence des institutionnels dans le placement serait une sorte de gage pour les particuliers. « Lorsqu’un particulier achète des obligations dites spéculatives, il n’a pas nécessairement conscience des risques associés à ce type d’investissement, poursuit-elle. Or depuis le début de la crise, l’environnement a beaucoup évolué, c’est pourquoi il est important dans ce genre d’émission que les intermédiaires soient particulièrement attentifs à l’équilibre du placement auprès des investisseurs. »

Mais quels sont les critères pris en compte par les équipes de l’AMF pour donner ou pas leur visa ? Et ont-ils évolué ? « Lorsque nous analysons un dossier d’émission obligataire, nous contrôlons l’information communiquée dans les différents documents qui constituent le prospectus (document de référence, note d’opération..), l’AMF ne porte en aucun cas de jugement sur l’opportunité de l’investissement, décrypte Martine Charbonnier. Nous veillons ainsi à ce que l’ensemble de l’information demandée figure dans les documents et à ce qu’elle soit compréhensible et cohérente. »

« La difficulté à apprécier le risque inhérent à l’émission et donc la cohérence entre le rendement offert et le risque est pénalisante », poursuit un banquier spécialiste du primaire obligataire. C’est un point sur lequel l’AMF va se pencher. « Nos équipes savent lire un bilan et un compte de résultat, elles sont donc en capacité de détecter dans des cas très particuliers s’il y a une incohérence manifeste », affirme déjà Martine Charbonnier. Une façon quand même de porter une appréciation.

Plus qu’un changement de doctrine, l’AMF aurait surtout été échaudée par les conséquences d’un dossier comme celui de la faillite de Monceau Fleurs, société ayant émis des obligations dans le cadre d’une offre publique aux particuliers avec l’aval du régulateur.

« Nous ne pouvons ignorer ce type de dossier, reconnaît Martine Charbonnier. Cela souligne la nécessité d’une vigilance accrue en matière d’information dans le prospectus mais aussi dans la documentation commerciale. Je vous rappelle qu’une de nos missions est le bon fonctionnement du marché. » De fait, une émission obligataire mal calibrée entraînerait des conséquences néfastes pour l’ensemble de l’écosystème au moment où l’on parle tant de désintermédiation.

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