Entretien avec... Marc Baignères, responsable DCM (Debt Capital Markets) et financement d’acquisitions France, Belgique, Suisse chez JPMorgan

« Les éléments sont alignés pour de beaux financements »

le 03/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Comment votre banque a-t-elle arrangé, avec Morgan Stanley, BAML et Barclays, le financement record pour le rachat de Verizon Wireless ?

JPMorgan a souscrit le 2 septembre, avec un nombre restreint de banques, un prêt-relais de près de 61 milliards de dollars, refinancé le 11 septembre par une émission obligataire de 49 milliards en 8 tranches*, et un prêt syndiqué de 12 milliards. Avec près de 100 milliards de demande, nous avons refinancé cette opération en une seule fois et en faisant appel au seul marché américain. Apple avait déjà réussi une belle émission pour 17 milliards en avril, mais qui aurait dit qu’on lèverait ce type de financement record, notamment avec une tranche de 15 milliards à 30 ans ? Même si l’opération avait ses spécificités, avec peu de risques d’exécution et d’intégration : connaissance de l’actif ; financement en actions de 60 milliards permettant de maintenir une notation « BBB+ » ; Ebitda combiné pro forma de 39 milliards…

Cette émission ne présentait-elle pas aussi un risque pour le marché ?

Toutes les autres, quelles que soient les devises, se sont bien déroulées depuis : Inbev, Gazprom, GM, Lafarge, Renault, Peugeot, Sprint, etc. Il est vrai que les marchés actuels sont très porteurs et, renforcés par les décisions de la Fed, tous les éléments (actions, obligations, financements bancaires) sont alignés pour de beaux financements. L’autre point clé d’une telle opération est d’assurer aux investisseurs une bonne performance sur le marché secondaire. Pour cela, il fallait une prime intéressante à l’émission, d’autant que les rendements sur le reste de la dette Verizon (désormais près de 100 milliards d’emprunts obligataires) s’étaient écartés à l’annonce de l’opération.

Des émissions étalées dans le temps n’auraient-elles pas permis de réduire le coût ?

Si la « prime à l’émission » était cruciale, il s’est avéré que le « saut » inédit nécessaire pour passer de 25 à 49 milliards de dollars était bien inférieur à celui nécessaire pour passer de 5 à 25 milliards par exemple. De plus, les sociétés américaines préférant les taux fixes, elles sont sensibles à la forte volatilité autour des Treasuries, qui participent à déterminer le coupon final. Et il y avait un « bridge loan » à rembourser sans tarder, afin d’éliminer toute pression (du fait de la taille de ce financement) sur le cours de Bourse qui a regagné 4 % le jour de la levée. Enfin, après une grosse transaction, même deux fois moins importante, on ne peut revenir sur le marché tout de suite, d’où l’idée d’optimiser l’opération.

*Six tranches à taux fixes : à 3 ans (4,25 milliards ; 2,50 %), 5 ans (4,75 milliards ; 3,65 %), 7 ans (4 milliards ; 4,50 %), 10 ans (11 milliards ; 5,15 %), 20 ans (6 milliards ; 6,40 %), et 30 ans (15 milliards ; 6,55 %). Deux tranches à taux variables : à 3 ans (2,25 milliards ; Libor plus 153 points de base - pb) et 5 ans (1,75 milliard : Libor plus 175 pb).

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